Vous faites quoi pour les vacances?

Les Vacances de Monsieur Hulot © Les Films de Mon Oncle.


La question traditionnelle, celle que tout le monde se pose avec plus ou moins de soulagement ou d’appréhension. Je ne m’attarderai pas sur les organisés, ceux qui comptent les jours et ont déjà tout préparé. Ceux qui ont fait la Grèce, la Thaïlande, le Mexique, Maurice et vont prochainement faire l’Islande. Ceux là n’ont besoin de personne, ils font les pays ou les régions comme ils feraient le ménage et le repassage, ils ont bouclé leurs dossiers ainsi que leurs valises.
Non, je pense plutôt aux anxieux, ceux qui espèrent tout terminer avant de partir, ceux qui n’ont pas encore posé leurs congés de peur de… Peur de quoi?  Qu’il arrive quelque chose pendant leur absence ? Vous voyez de quel syndrome je parle.

Revenons au début, vous allez donc partir en vacances et c’est bien. Parce qu’on a tous besoin de se reposer après une année chargée. Vous pensez à tous ces projets dont vous aviez prévu de vous occuper durant l’été quand ce serait plus calme, mettre les contenus du site à jour, revoir vos outils marketing, préparer le mailing de rentrée, faire évoluer votre identité graphique et les milles petites choses qui trainent depuis quelques mois. Comme chaque année, il a fallu en priorité boucler les dossiers clients avant août. Parce que août, c’est mort. Que les angoissés s’arrêtent là, la suite peut leur faire peur.

Donc pour certains, ça commence le 22 juillet et pour les autres le 29 juillet, et après silence jusqu’au lundi 21 août. Presque un mois sans activité ! Inutile de s’énerver, vous n’y pouvez rien, vos équipes ne sont pas là, rassurez-vous les clients non plus. Paris est désert, votre boulangerie préférée est fermée (avez-vous remarqué que les boulangeries ferment toutes en même temps ?). Pour boire votre café du matin va falloir marcher un peu plus loin, et pour les journaux, la maison de la presse réouvre le 2 septembre. Alors, reposez-vous, profitez-en. Je suis là!

Je vous avais déjà vanté l’intérêt de faire appel aux services d’un créatif provençal. Un des avantages non négligeable, le créatif provençal ne prend jamais de vacances. Forcément il est toute l’année en vacances (c’est ce que vous pensez, je le sais). Quand on est dans une région magnifique où il fait beau 10 mois par an, on n’a pas besoin de partir, il suffit de sortir dans le jardin, d’ouvrir le parasol et d’écouter les cigales en regardant les oliviers pousser sur la restanque et vérifier si la couleuvre est revenue. Après ce court intermède, le créatif provençal retourne dans son bureau et peaufine, tel un artisan méticuleux, les dossiers que vous lui aurez confiés.

A l’ombre des chênes provençaux, je prendrai soin de vos projets, leur fournirai l’attention nécessaire, les nourrirai d’idées créatives, cultiverai les petits détails qui changent tout. Et puis, à votre retour ils vous attendront sagement sur le serveur que nous aurons pris soin de partager. Ainsi le 21 août, à peine rentré de vacances, encore un pied dans l’eau, la peau hâlée, vous aurez la satisfaction de constater que vos projets ont avancé  comme vous le désiriez et que vous ne serez pas obligé d’attendre une semaine supplémentaire pour être opérationnel ou préparer vos actions de communications de la rentrée.

Ah, j’oubliais, si vous êtes dans le coin, passez prendre l’apéritif.

10/01/2016

Un an déjà qu’il s’en est allé. Je sais je vous avais promis un billet « joyeux » seulement voilà ne pas publier ce billet aujourd’hui aurait été impensable.

Je me souviens de ce lundi 10 janvier 2016, je me réveillais à peine, je n’y ai pas cru sur le moment, je venais de découvrir son dernier disque que j’adorais déjà, je l’avais écouté en boucle la veille, me promettant d’y mettre cinq étoiles. Et puis là cette dépêche qui me saute au visage, sur mon smartphone, David Bowie vient de mourir, j’allume la radio, je n’y crois pas. Une amie m’envoie un sms et me confirme l’affreuse nouvelle. Je me suis senti bizarre, terrassé, un « ami de longue date » venait de nous quitter. J’aurais du m’en douter, le disque sous cette nouvelle lumière avait des accents crépusculaires et ressemblait fortement à un testament.

Le monde s’écroulait, mon monde. Ma madeleine de Proust. Celui qui avait été ma bande son intime depuis quarante ans. Bowie que j’avais découvert dans un Salut les Copains trouvé dans une poubelle. J’avais été fasciné par sa photo, un androgyne, homme, femme, je ne savais pas. Intrigué j’avais arraché la page, un simple encadré de quelques lignes avec une photo époque Ziggy Stardust. On était en 1973. J’avais tout juste onze ans. Mon anniversaire approchait, je n’avais pas réfléchi, j’avais demandé un disque de lui pour cadeau. J’avais même pas d’électrophone (on appelait ça comme ça à l’époque).

J’eus le droit à un 45 tours, ces disques avec un grand trou au milieu, une reprise de Jacques Brel , Amsterdam avec en face B Sorrow. J’avais été surpris, décontenancé à la première écoute, et puis il y avait cette voix. Dès que mes parents m’en laissaient l’occasion je mettais mon disque, je préférais Sorrow, pour son rythme et ses arrangements, Brel ça me rappelait un peu trop ce qu’écoutait mes parents.

Presque un an après je reçus en cadeau mon premier électrophone que j’installais religieusement dans ma chambre, je cassais ma tirelire et me précipitais chez le disquaire du coin, à côté de la salle Pleyel. Je craquais immédiatement sur la pochette d’Aladdin Sane, ce portrait magnifique sur fond blanc avec cet éclair rouge et bleu qui barrait le visage de Bowie. Un électrochoc pour un garçon de douze ans pré-adolescent. Une révélation, des premières notes de Watch That Man, à la respiration sur Time, je connaissais chaque chanson par coeur, chaque accord, The Jean Genie est devenu rapidement mon hymne. J’étais trop jeune pour comprendre le sens et l’allusion à Jean Genet, peu importe, la guitare et le refrain m’avaient marqué à jamais. Ma bowiemania était née et elle ne me quittera plus.

Je profitais de la moindre occasion pour me faire offrir un disque de David Bowie, rattrapant ainsi mon retard, de Space Oddity à Ziggy Stardust. Après je me suis mis à suivre les sorties de tous ses nouveaux albums avec fébrilité et enthousiasme, ne comprenant pas comment un artiste aussi génial ne passait que rarement à la radio et jamais en télé. Je déchiffrai avec un dictionnaire anglais les notes des pochettes, les crédits des musiciens, jusqu’au studio d’enregistrement et le mixage. Chaque photo de pochette devenait une icône fruit de ma vénération fanatique.

 

1976 Isolar Tour

Le second choc eut lieu en 1976, mon premier concert rock. Ça me changeait de mes parents qui m’avaient emmené voir Serge Lama et Léo Ferré.

1976, Porte de Pantin, David Bowie Isolar Tour, j’avais quatorze ans. A l’époque c’était une aventure, la France venait juste d’autoriser les Rolling Stones a venir jouer à Paris, jusque là interdit de concert, et la Porte de Pantin souffrait d’une sale réputation, il régnait sur l’univers des concerts rock une odeur sulfureuse et ce pauvre Giscard et son accordéon n’arrangeait rien. Merci rétrospectivement à mes parents de m’avoir autorisé à y aller. J’y retrouvais donc ma petite amie et le frère de celle-ci qui avait 18 ans. Je croisais pour la première fois des armées de fans, maquillés comme leur idole. J’étais fasciné, pourtant jamais l’idée me serait venu de me coiffer ou de me maquiller comme Bowie, ma vénération était de l’ordre intellectuel et émotionnel. Ce fût une énorme claque, une expérience inoubliable même quarante et un ans après , je m’en souviens. Bowie en Think White Duke, cheveux plaqués, gilet noir chemise blanche et cigarettes Gitane dans la poche, lumières blafardes, guitares hurlantes, je venais de vivre mon premier concert, une explosion des sens! Trente années plus tard j’en parlais avec un ami qui par un hasard extraordinaire avait été à ce même concert et nous avons du admettre que nous avions assisté ce jour-là à un moment d’exception. Depuis je suis allé à de nombreux concerts de Bowie et d’autres groupes mythiques mais celui-là restera gravé à jamais.

Chaque nouvel album de David Bowie marqua une étape de ma vie, Diamond Dogs, Station to Station, Heroes, Let’s Dance, Outside, Heathen et naturellement BlackStar. Et c’est ainsi que Bowie est devenu au fil du temps et pour toujours la BO intime, de mes moments importants et parfois moins, de mes instants de joie ou de tristesse. Ces disques sont toujours là (malheureusement sous une forme dématérialisée, mes vinyles ont disparu), je les écoute régulièrement. Quelque fois avec tristesse mais toujours avec un plaisir intact. La seule chose qui ne reviendra plus, c’est cette excitation fébrile à la sortie d’un nouvel album de Bowie. Ce moment de découverte, cette pierre à l’édifice de ma passion. Quel personnage allait-il inventé cette fois? Aujourd’hui cette époque est révolue, et je m’accroche aux rééditions sans en être dupe, si de nouveaux morceaux doivent sortir, je sais qu’ils n’auront pas été sélectionnés ni choisis par le maitre, comme un goût de réchauffé, je les écouterai sans doute avec plaisir, mais sans cette excitation qui me transportait sur un petit nuage à chaque sortie d’un nouvel album de David Bowie.

Une nouvelle rubrique

Je vous ai déjà parlé de ma vie d’écrivain. J’ai du la laisser de côté faute d’éditeur et surtout de moyens. Il reste néanmoins trois romans, dont un  non publié que je vous propose de découvrir en avant première, chapitre après chapitre dans une nouvelle rubrique : LES ECRITS. Ne recherchez rien d’autobiographique il s’agit d’un pur roman. Et surtout n’hésitez pas à laisser des commentaires au fil de la lecture.

L’Album Photos

Chapitre I

 

Cela faisait plus d’un an que la maison était fermée, exactement depuis son hospitalisation. Juste avant de partir en vacances, nous étions passés le voir avec Valérie, ma femme, et nos deux enfants, Adrien et Julia. Une visite de courtoisie, rapide, efficace et polie ; hygiénique, aurait dit mon frère. Il y avait bien longtemps que je n’avais plus que ça à lui offrir.

La chaleur étouffante de ce mois de juillet devait être en partie la cause de ses difficultés respiratoires. Son souffle saccadé et sifflant, trahissait sa mauvaise condition physique. A chaque pas hésitant, le vieillard épuisé grimaçait de douleur. Lui, l’homme raffiné et élancé, le chef d’entreprise respecté, ça devait lui en coûter de se montrer, si diminué. Valerie voulut l’aider à s’assoir, il la repoussa d’un air agacé, puisant dans ses faibles forces pour défendre le peu d’autonomie qui lui restait. Le voir ainsi, son grand corps maigre et vouté, n’engendra pas chez moi la moindre compassion, tout au plus le désir immuable de le fuir, lui avec qui je n’avais toujours pas réussi à faire la paix. Quarante ans que je lui en voulais, quarante ans que j’attendais qu’il fasse le premier pas, qu’il s’excuse.

Je tirai Valerie par le bras et l’entraînai hors de la pièce, tandis que mon père reprenait, petit à petit, sa respiration.

-Nous ne pouvons pas le laisser comme ça, Olivier! Il ne va vraiment pas bien, il doit absolument voir un médecin.

Valérie avait raison, je reculais cette décision depuis plusieurs mois. Au fil de nos visites, je vis son état empirer ; sa peau devenue transparente et cireuse, ses cheveux plaqués sur son crâne osseux, lui donnaient un air cadavérique. Il ne voulait pas perdre la face et s’efforçait de me rassurer, me renvoyant d’autant plus à ce sentiment insupportable d’impuissance coupable.

-Ne t’inquiète pas, le médecin passe toutes les semaines. Lui, au moins, il vient me voir, s’était-il senti obligé d’ajouter, d’un ton aigre.

Je n’avais retenu que le début de sa phrase, ça m’arrangeait bien. J’étais mal à l’aise devant lui, je fuyais son déclin, de plus en plus inéluctable, et refusais d’admettre qu’il devenait impotent. Valérie attribuait la cause de mon déni à l’attachement profond pour mon père que je refusais de reconnaitre. Je me sentais surtout très lâche et la déchéance physique m’effrayait.
Pour l’instant, je ne pensais qu’aux vacances. Nous allions partir trois semaines en Italie, pourtant, ma mauvaise conscience me dictait d’agir. Le laisser ainsi, gâcherait notre séjour, je savais trop bien que la culpabilité me tarauderait comme toujours. Mon père allait nous pourrir nos vacances, comme il avait pourri la vie de ma mère et indirectement, celle de mon frère et la mienne. Valérie tomba sur le répondeur du docteur Marin absent jusqu’à la fin juillet : les patients devaient s’adresser directement aux urgences. Ce fut à ce moment là que, me connaissant, j’aurais renoncé et serais parti, mais pas ma femme. Elle insista et appela SOS médecins : quelqu’un serait sur place dans une petite heure. Une longue attente commença. Les enfants étaient sortis jouer dans le jardin, et nous nous retrouvâmes face à mon père somnolent. Ses cheveux blancs clairsemés et en bataille, tombaient sur son visage émacié, un filet de bave coulait au coin de sa bouche, ses doigts aux ongles trop longs s’agrippaient, tels des serres tremblantes, aux bras du fauteuil. Ce spectacle pitoyable me dégoûtait, Valérie se leva, l’essuya avec douceur et tenta de le recoiffer, le vieux ne bougeait pas.

Le toubib arriva enfin, une heure et demi plus tard. J’eus du mal à cacher mon agacement, mais décidai de prendre sur moi et ne rien montrer. Il s’approcha de mon père qui se laissa faire, sans dire un mot. Il lui prit la tension, puis l’ausculta ; la consultation dura une vingtaine de minutes. Je n’arrêtai pas de regarder ma montre, les enfants avaient faim et moi aussi. Quand il sortit de la pièce, le jeune docteur avait un air grave.

-Il est très faible et souffre de plusieurs complications. Il est indispensable de faire des examens complets, nous déclara-t-il.

-Pensez-vous que cela puisse attendre 3 semaines, lui demandai-je.

-Je ne crois pas, le mieux serait qu’il soit hospitalisé dès ce soir. Appelez le 15, c’est la solution la plus rapide. Ils le transporteront dans un hôpital où une équipe médicale le prendra en charge tout de suite. Possible que ce ne soit pas si grave, mais par précaution, je vous encourage à le faire.

J’hésitai en regardant mon père qui haletait dans son fauteuil. Il parvint tant bien que mal à étendre ses jambes dans un long gémissement. Pendant ce temps, Valérie était au téléphone avec le SAMU, une ambulance allait arriver.

Deux heures plus tard, nous le laissions dans une chambre spacieuse et propre, entouré d’un médecin et d’une infirmière. Ils allaient le garder en observation quelques jours, le temps de faire les examens nécessaires. Le vieux était stressé et même s’il ne le montrait pas, son regard trahissait son désespoir de se trouver là. Il cherchait à me culpabiliser comme à chaque fois, mais ça ne prendrait pas. Nous avions pris la bonne décision, enfin Valérie l’avait prise pour moi. Le savoir en sécurité me rassurait et me laissait partir en vacances l’esprit léger. Nous convînmes d’appeler l’hôpital deux jours plus tard pour connaître les résultats. Valérie embrassa son beau-père sur le front et sortit de la chambre. Je restai seul avec lui quelques instants, puis posai ma main sur son bras, il ne dit rien.

-Ne t’inquiète pas papa, on t’appellera tous les jours. Ils vont bien s’occuper de toi, ici. Ils te soigneront plus efficacement que le docteur Marin. Quand on rentrera d’Italie, tu viendras passer quelques jours à la maison.

la suite dans LES ECRITS

Pourquoi je n’aime plus les fêtes de fin d’année

Les fêtes sont passées, terminées, pliées, vous l’avez compris, je n’aime pas cette époque de l’année, je crois déjà vous l’avoir dit, j’en ai même fait un argument d’une carte envoyée à mes clients.
Mais à force de le répéter telle une litanie, je me suis posé la question de la cause réelle de mon aversion grandissante.

Naturellement le côté esprit de Noël sur-joué a le don de m’agacer, ce côté bonheur à tout prix sonne faux. Il faut bien jouer la carte du commerce et contribuer à la consommation, même si mes finances ont largement dépassé le rouge, je me devais de faire le minimum. Heureusement la Colline par son côté intemporel , a permis d’échapper à la liesse générale. Nul sapin, nous les avons laissé dans le jardin, nul crèche source de polémiques en ces temps d’obscurantisme… Bref objectif atteint, faire de Noël un jour comme un autre, et ça tombe bien, ma compagne qui me supporte au quotidien, partage mon point de vue. Il a suffi d’éviter la TV, les pubs sirupeuses, les regards émerveillés des enfants, les yeux humides des grand-mères recevant leur 300e album photos rempli de photos des enfants et petits enfants nourris au bonheur absolu.

-Pour que tu ne nous oublies pas Mamie…

Pas culotté le bambin… C’est plutôt lui qui adolescent va oublier sa grand-mère, la pauvre elle se forcera à s’inscrire sur Facebook, espérant le croiser, mais le chenapan a un compte privé et il ne laissera pas sa mamie chérie venir le lui polluer avec ses bons sentiments.

On est à peine sorti de Noël, qu’il faut affronter le réveillon du 31… Les bilans de l’année, les rétrospectives, les dix meilleurs films, les dix meilleurs disques, livres, spectacles, séries, j’ai même trouvé les dix meilleurs lapsus politiques. Les zapping sont de moins en moins drôles, l’actualité ne nous en laisse plus l’occasion… Alors là-aussi la fuite s’impose. La question récurrente : vous faites quoi pour le réveillon? est source d’inquiétude. Une invitation de dernière minute… alors que vous avez tout fait pour y échapper, trop heureux.
Mais tout ça n’explique pas tout. Chaque année cette période me plonge dans un abîme d’angoisse et ça ne s’arrange pas, au contraire. Alors il me fallait creuser la question, comprendre la raison cachée. J’ai beau être un ours, je ne suis pas allergique à ce point au bonheur des autres. Et puis la réponse est venue, je ne l’ai pas trouvée seul, ma compagne semblait plus avancée sur le sujet que moi.

Et si Noël était le moment idéal pour que ressurgissent les fantômes du passé?

Ces fantômes qui se rappellent à votre bon souvenir par leur absence. Les disparus, les décédés, les divorcés, les déménagés, les fâchés de longue date, les grandis trop vite et tous ceux qu’on ne reverra plus ou rarement. Pour moi Noël, c’est ma Toussaint… ma fête des morts, mon album souvenir, de tous ceux que je croisais le soir de réveillon au pied du sapin, bu du champagne avec et ri au moment d’ouvrir les cadeaux en pensant à ce sacré Père Noël qui nous a encore fait le coup de passer par le conduit de la cheminée trop petit. Ceux avec qui nous comptions les 13 desserts et tombions jamais sur le bon nombre, les fruits ça compte pas, mais si dans la tradition ça en fait partie. On cherchait des piles pour le jouet du petit dernier en maudissant le fabricant trop radin qui aurait pu en mettre dans la boite… Autant de souvenirs à partager ce soir un peu spécial où les cadeaux forment des montagnes de bons sentiments.

Le 31, l’occasion festive obligée

On se retrouve entre amis, on mange bien et à minuit on se précipite sur son téléphone pour envoyer des messages de bonne année à la terre entière, comme si les personnes présentes ne suffisaient pas à étancher le besoin de répandre son trop plein de voeux. On faisait comment avant les smartphones? Je ne me souviens plus, je crois qu’on s’embrassait sous le gui et on sortait les alcools forts.

J’aurais pu attendre encore un peu pour vous raconter tout ça, surtout pour ce premier billet de 2017. C’est pour ça que j’ai préféré reculer à début janvier, que les fêtes soient passées, je ne voulais pas gâcher ces moments privilégiés. Je profite de cette occasion pour vous souhaiter sincèrement une belle et heureuse année, promis la prochaine fois je vous parlerai de choses plus amusantes.

Les Jours ont leurs obsessions

Il ne s’agit ni d’un disque, ni d’un film, ni même d’un livre, il s’agit d’un journal digital, Les Jours.

Né il y a quelques mois autour d’une équipe de journalistes, principalement des anciens de Libé. Il vit le jour (facile…) en février 2016 (pour les lecteurs ce fut quelques mois plus tard). Jusque là rien de bien extraordinaire me direz-vous, des journaux sur le web, il en sort tous les jours et il en meurt tout autant, voir plus. Fort de cet à priori, j’avoue ne pas avoir suivi ses premiers pas, et il fallut une offre d’essai pour que je me décide à prêter attention à ce nouveau venu dans la presse.

Rapidement il a piqué ma curiosité. La posture adoptée, si j’ai bien compris et pour faire court, serait : « la vie est un roman » et chaque information, enquête ou portrait est un chapitre de ce roman, enfin, ça c’est moi qui le dit, à ma façon. Aux Jours, ils préfèrent parler d’Obsessions en séries, des sujets que la rédaction a choisi et qu’ils ne lâchent pas. Pendant ce temps, le reste de la presse, avide de scoops et d’événements tragiques est déjà parti survoler d’autres sujets. Les journalistes des Jours, eux continuent à tricoter et à fouiller leur sujet, les personnages, les lieux, les faits, les paroles… ils tissent le roman de la vie, contrairement aux grands médias qui traitent l’actualité sur le principe d’accumulation et passent d’un sujet à l’autre, avec un seul objectif, privilégier le caractère sensationnel et déclaratif .
Les Jours, s’attardent, restent sur « les lieux du crime », interrogent les « témoins », ceux que la fureur médiatique a ignoré et qui pourtant ont mille choses passionnantes à raconter. Et c’est là où ça devient intéressant, Les Jours réinventent le temps de la narration, sans verser dans la fiction, on est toujours dans le registre de l’information avec même parfois une précision d’horloger (lire par exemple Le Grêlé, affaire non classée). On réapprend à lire, on se plonge dans les articles, dans des épisodes d’une saga sans fin, à la manière dont, j’imagine, on devait aborder les articles de Balzac ou Zola dans la presse du XIXe siècle, avec évidemment ici tous les outils du digital. Plongez-vous dans « Les revenants » une série de portraits entre horreur, consternation, pitié et empathie. Peu d’articles sur le retours de Syrie d’apprentis terroristes m’ont autant intéressé, bien plus que ces éternelles analyses de spécialistes de la question ou autres politiques tonitruants.

Chaque article est contextualisé par l’apport de différents médias, vidéo, audio, éclairages, définitions, personnages, documents annexes qui, au fil de la lecture enrichissent l’article. Le côté malin de ces petits outils c’est leur apparition tout au long de la lecture sur le côté droit (sauf dans la version smartphone… je préfère prévenir), l’avantage, ils ne perturbent pas la lecture de l’article.

Pour ceux qui sont sensibles comme moi à la maquette, la mise en page a pris le parti de la sobriété, aérée et plutôt élégante. Le choix de la typographie s’avère judicieux, moderne, d’une lecture facile y compris sur smartphone ou tablette (essayez de lire un article de Médiapart, vous verrez ce que je veux dire…).

Et l’iconographie?

Le parent anonyme, le rôle ingrat dont on parle rarement alors qu’il est omniprésent dans les médias. La photographie est devenue un bien consommable éphémère, mille fois repris privilégiant le voyeurisme et le sensationnel. Dans Les Jours, l’iconographie reprend sa place, elle illustre, évoque, apporte un éclairage particulier, elle souligne un détail. Bref l’iconographie retrouve son rôle. Ce n’est plus ce flot d’images sans commentaires (Merci EuroNews précurseur en la matière) jetées en pâture aux lecteurs avides de photos en boucle reprises et détournées sur les réseaux sociaux.
Dans Les Jours on reprend goût à l’image, l’iconographie soignée, le plaisir de l’illustration.

Vous l’avez compris, j’apprécie ce nouvel acteur de la presse digital.  Avec son rythme différent, sa partition maline et sa petite musique attachante Les Jours méritent qu’on leur prête attention. En ces périodes de bruits et de fureurs, ce n’est pas si mal.

lesjours.fr

Les start-up c’est presque sympa

Je vous avais dit que je vous parlerais de mon expérience de collaboration avec une start-up

Par un hasard heureux, je suis entré en contact avec l’une d’elle qui me proposait de travailler sur une idées qu’elle venait de lancer. Le projet me plaisait, il s’agissait d’un baromètre politique avec une approche ludique. Je devais l’alimenter quotidiennement en informations et les balancer aux internautes qui les notaient de manière décalée.

Nous étions donc convenu avec mon interlocuteur que cela me prendrait une heure par jour : trouver l’info, la sélectionner, l’illustrer et la mettre en ligne. On était plus près des une heure trente, mais bon, le projet me plaisait. Après une négociation âpre par mails et skype, nous sommes enfin tombés d’accord. Je vous l’ai déjà signalé, cette nouvelle génération préfère pianoter sur son smartphone plutôt que se servir de sa fonction première : passer des appels. On se met d’accord sur la base de sept jours sur sept au tarif horaire de mon fils de quinze ans quand il fait du babysitting, encore que lui, il n’a pas de charges… contrairement à moi dont la moitié part en cotisations. Je le répète, le projet me plaisait.

L’aventure devait déboucher sur la création d’une application mobile, cela avait fini de me persuader de l’intérêt de l’aventure avec cette start-up. Un vieux exploité par des jeunes, le client avait l’âge de ma fille ainée, la situation ne manquait pas de piquant. Ah oui, j’avais oublié, les « contrats » étaient sur des périodes de une ou deux semaines renouvelables, à la manière anglo-saxonne, rien n’est jamais gagné, faudrait pas que je me crois arrivé. Je ne vais pas me plaindre, j’en suis maintenant à trois mois de collaboration complète.

Au bout d’un mois et demi, je décide d’aborder le sujet qui fâche et je demande si je peux envoyer ma première facture, un total modeste qui ne me permettrait même pas d’acheter un iPhone SE avec engagement de deux ans… Accord de mon interlocuteur par un bref ok laconique. Ne voyant pas de versement au bout d’un mois, je pensais que les start-up c’était rapide… à l’inverse des grands groupes qui payent à 60 jours fin de mois dans le meilleur des cas. Je prends donc contact par Skype avec mon client et lui demande s’il peut activer le règlement de la facture. Le type faussement désolé m’explique que la start-up appartient maintenant à un grand groupe de presse international et que les paiements sont assez longs.

Aujourd’hui, l’application est lancée, je l’alimente chaque jour en photos et en textes. Sur le plan du travail, je m’amuse bien, j’adore lire la presse, la politique m’intéresse, le travail de veille et de sélection est maintenant bien rodé. Chaque matin, samedi et dimanche compris, je mets l’application à jour en postant de nouveaux contenus pour que les gens votent.

Non seulement, je suis payé au lance-pierres, mais en plus je contribue à la trésorerie d’une multinationale! Une fois de plus, j’ai l’impression de « payer » pour faire un travail qui m’intéresse, c’est aussi ça l’économie des crevards.

Il parait que c’est un peu tabou de parler fric à chaque fois. Cette vie reculée, que j’ai choisie au fin fond de la campagne provençale, me transforme petit à petit en vieux paysan qui compte ses maigres sous… Promis la prochaine fois je vous parle d’autre chose.

Ibrahim Maalouf 10 ans de live!

Le dernier disque d’Ibrahim Maalouf n’est pas vraiment un nouvel album puisqu’il s’agit d’un live, regroupant 10 ans de ses meilleurs titres en public. Autant ne pas bouder son plaisir, c’est en concert que toute la fougue communicative de ce musicien s’exprime le mieux.

Ibrahim Maalouf arrive à faire danser et à rendre accessible le jazz au plus grand nombre, sans en renier le style et le rythme. On a le droit à des moments époustouflants notamment avec Qabu un morceau qui débute sur une mélodie orientale et vous entraine dans un truc énorme, une sorte de marche qui frôle le folklore irlandais en passant par des harmonies classiques, pour finir par des accents heavy metal, balayant tout sur son passage dans un enthousiasme communicatif. Le reste des morceaux est sans faille, on y croise Juliette Greco sur une reprise de la Javanaise toute en retenue. On appréciera une superbe version de Will Soon Be a Woman reprise en chœur par le public du club Babylone d’Istanbul et des incursions dans un répertoire classique avec le Concert Etude de Gœticke enregistré au festival de Jazz à Vienne en 2013.

A défaut d’être aller voir ce musicien en live, vous pourrez découvrir un aperçu de l’énergie qu’il déploie tout au long des morceaux. De quoi vous donner envie de vous précipiter la prochaine fois qu’il passera près de chez vous, ce qui est déjà un argument positif.

En attendant, je conseille vivement cet album magnifique aux amateurs de jazz et de live débridés.

A retrouver chez tous les bons disquaires et en téléchargement ou streaming sur les plateformes légales.

La notoriété à tout prix, pas à n’importe quel prix

Etre présent sur les réseaux sociaux, j’ai bien été obligé. Je ne peux pas conseiller mes clients, eh oui, j’en ai quelques-uns, heureusement, sinon je ne serais pas là à vous écrire et j’aurais déjà vendu mon ordinateur.

Donc, disais-je, je ne pourrais pas conseiller mes clients sur les bienfaits de leur présence et leur communication sur les réseaux sociaux, si je n’y étais pas moi-même. Alors, pour ne pas faire les choses à moitié, j’ai ouvert deux comptes sur Facebook, deux comptes Twitter, un compte Instagram, un compte Linkedin et un Tumblr, et aussi un compte Google+ mais lui, honnêtement, je ne sais pas à quoi il sert vraiment.

Les autres, j’ai compris : Facebook, c’est bien pour les anniversaires parce que plein d’amis ne vous oublient pas et vous le souhaitent. Ça adoucit le fait que mes enfants, eux, oublient parfois. Twitter, j’aime bien, je suis « copain » avec Nadine Morano, Christian Estrosi, Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls, François Fillon et bien d’autres comme Christine Boutin. Elle, j’aime bien ses tweets, ils me rappellent Le Jour du Seigneur quand j’étais enfant. Jean-Luc, il voudrait bien que je vende son programme sur le marché de Carnoules, mais j’ai pas osé lui dire que le marché de mon village, c’était pas terrible. Il n’y a que deux étals, les commerçants sont plus nombreux que les clients, eux, ils sont tous fourrés à l’Intermarché à 5 km. Alors, je veux bien tracter pour lui, mais ça ne va pas être terrible. J’ai essayé d’être copain avec Marine, mais elle se méfie, probablement a-t-elle remarqué que je suis dans le Var, alors forcément, je dois être un espion à la solde de sa nièce Marion. Il y a bien François Fillon qui m’a conseillé d’acheter son dernier livre pour faire des cadeaux à Noël, super idée. Vous l’avez compris, si je suis copain avec tous ces gens formidables, c’est pour mon travail, celui pour une start-up dont je vous parlerai dans un futur billet.

Linkedin, c’est pas mal, mais c’est hyper-sérieux…le premier qui rigole sort de la pièce. On dirait que chacun se sent obligé de liker uniquement des choses chiantes et en anglais si possible. Là aussi, c’est pour mon travail, je fais de la veille pour mes clients.

Reste Instagram, c’est là où je voulais en venir. C’est mon plus vieux compte, 6 ans que j’y suis. Je suis monté jusqu’à 2200 followers… aujourd’hui j’en ai 1650, oui je sais, je perds des followers alors que le but est d’en gagner… j’ai dû rater une étape.

La chasse aux followers est ouverte

Un soir, un jeune parisien trentenaire connecté , un membre de la famille que nous adorons, est venu nous rendre visite pour quelques semaines sur la colline. Il me dit qu’il va se créer un nouveau compte Instagram. Je l’encourage, d’autant que le garçon est doué en photo et qu’il s’apprête à partir à travers l’Europe dans son van aménagé. L’idée est bonne, et c’est la promesse de belles galeries photos que nous allons pouvoir suivre durant tout son périple. Il a juste un problème, il veut des tas de followers, tout de suite, et plein de likes. Je ne suis pas bien placé pour lui donner des conseils, je peux éventuellement lui passer des tuyaux pour en perdre mais certainement pas pour en gagner. Le garçon hyper connecté, féru de tout ça, me dit qu’il va s’abonner à un service qui va liker pour lui et que ça va « booster » ses followers. Intrigué, je lui demande quelques explications sur le sujet. Facile, c’est un programme qui like plein plein de photos, au hasard, et forcément ça va générer des followers trop contents d’avoir un nouvel adepte de leurs photos de bouffe ou de pieds. Les malheureux ne se doutent pas qu’ils ont été dupés. Mais c’est quoi l’intérêt? S’il y a bien un truc sympa sur Instagram, c’est de regarder de chouettes photos, de choisir les galeries et les sujets qu’on apprécie. Pourquoi laisserais-je un programme liker pour moi?
Je sais, je n’ai rien compris… le but, c’est d’avoir « un max de followers ». Moi, je suis mal barré, j’ai tout faux, je dépasse à peine les quarante likes par photo… et les followers j’en perds toutes les semaines.

Et puis, un soir, je tombe sur un épisode de cette excellente série anglaise Black Mirror, l’épisode 1 de la saison 3 (Netflix). Le pitch est simple : un monde régit par les likes. Chaque individu gagne en influence et en reconnaissance grâce à sa capacité à récolter des likes tout au long de ses rencontres et de ses interactions avec les autres, tout cela lui apporte la réussite et lui fait gravir différents niveaux d’intégration dans la société… et là, tout s’éclaire. Mon trentenaire instagrameur suit une logique similaire. Il est inscrit depuis deux heures sur Instagram et cherche déjà à gagner la reconnaissance du plus grand nombre, parce que c’est trop bien d’être suivi par des tas de fans de vos photos qui likent chacune de vos images. C’est bon pour la notoriété ! Et puis là, je fais le lien avec un article que je lis sur la victoire de Trump, sur les millions de clicks à chaque connerie ou mensonge qu’il débite chaque jour… et puis, tout à coup, j’entends parler de « fermes à click », on y produit du click sous payé que l’on revend à des organisations politiques, des grandes marques, ou des causes pas toujours bonnes… et là, je me dis que finalement ça n’est pas si mal que je perde autant de followers chaque semaine sur mon compte Instagram.

 

Entre passion et besoin de partager, l’économie des crevards a trouvé sa source

Je continue mon petit tour de l’économie des crevards dont une des origines est issue de l’économie digitale. Elle fait appel aux mêmes ressorts : passion, enthousiasme, envie de partager…. 

Tout commence simplement. Ce jour-là, j’achète de la musique sur iTunes, oui, j’achète plutôt que télécharger gratuitement et mon abonnement à un service de streaming est payant également; parce qu’on ne peut pas s’insurger contre l’économie des crevards et faire la même chose avec des artistes qui ont eu aussi besoin de bouffer. Donc, je reviens à mon achat. L’album est une excellente surprise et suscite chez moi un enthousiasme certain que je désire partager immédiatement, me voilà donc à évaluer mon niveau de satisfaction par un système d’étoiles et le clamer à la face du monde, qui au fond doit s’en foutre totalement… Mais pas autant que ça, un disque qui cumule les cinq étoiles aura plus de chance d’attirer mon intérêt que ceux qui n’en totalisent qu’une ou deux. Alors, je mets mes cinq étoiles et là, iTunes me propose de déposer un avis.

Mon enthousiasme n’a pas faibli et je décide de perdre quelques précieuses minutes à rédiger un avis que j’espère pertinent, intéressant et communicatif. Je me sens pousser des ailes de critique de disque, forcément positif. Et là, doucement, j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Je vérifie que mon avis a bien été enregistré, qu’il figure en bonne place et qu’il est jugé pertinent par les utilisateurs d’iTunes. Eh oui, l’apprenti juge que je suis est lui même jugé… La compétition est partout. Je suis devenu un gentil contributeur bénévole sur iTunes et par la même occasion, je me retrouve à travailler (un petit peu) gracieusement pour de grandes maisons de disques. Vous voyez où je veux en venir?

On appelle ça l’expérience consommateur 

Retour à mes expériences, j’achète sur Amazon (c’est à l’époque bénie où je ne faisais pas encore partie de l’économie des crevards), une enceinte mobile pour écouter ma musique achetée légalement. Le produit arrive et correspond parfaitement à mes attentes. Vingt-quatre heures plus tard, Amazon m’envoie un mail pour me demander si je suis satisfait. Bien sûr que je le suis! Je note donc le produit, les sacro-saintes petites étoiles… Et puis là aussi, on me demande si je ne voudrais pas laisser un avis. Bon prince, je m’exécute. Je rédige un avis, que je veux pertinent et utile. Quelque temps plus tard, je reçois un mail d’Amazon qui me demande si je veux répondre à la question de ce client potentiel qui hésite sur le choix de cette enceinte… Je me plie donc à cet exercice et réponds du mieux possible à la question. Une semaine plus tard, nouveau mail, nouvelle question d’un nouvel acheteur potentiel… Je fournis l’explication attendue. Et ce petit jeu continue ainsi pendant trois autres mails… Jusqu’à ce que j’en reçoive un, cette fois-ci, de la marque de l’enceinte qui me demande si j’aurais l’obligeance de déposer directement un avis sur son propre site.

Je ne sais combien de temps j’ai consacré à promouvoir ce produit, mais ce que je sais, c’est que tout cela ressemble fortement à du travail et que ça n’est pas rémunéré. Une fois de plus, on a fait appel à mon enthousiasme et mon désir de partager. Peut-être devrais-je m’inscrire dans une « ferme à click », au moins, je serais payé… très mal, j’en conviens. Tiens, parlons-en des like, ce sera mon prochain sujet.

Le jour où j’ai croisé l’économie des crevards

Je vous avais quitté, il y a quelques temps, sur ma dure condition d’écrivain en devenir. Je vous retrouve dans ma nouvelle condition du « retour du pro de la com », pas tellement facile non plus.

Soyons clairs, l’écrivain en devenir n’a pas reçu beaucoup d’échos… Le bon sens, ou la catastrophe annoncée m’ont obligé à revoir ma copie et ma reconversion. La leçon à retenir : on ne devient pas écrivain comme ça, du jour au lendemain. Personne ne vous attend et encore moins les éditeurs. Aucune rancoeur, juste un constat. 

Alors je me suis remis au travail, le seul que je sais à peu près faire, proposer mes services de professionnel de la communication. Je me suis rappelé au bon souvenir de quelques clients potentiels, ai fait mon site (merci à Franco pour son aide précieuse) et réactivé mon réseau. Que du classique me direz-vous. 

Ce qui est nouveau et ce que j’avais envie de partager avec vous, c’est le changement, imperceptible au premier coup d’oeil, du petit monde des freelances de la communication. J’avais lâché un monde de clients exigeants qui en voulaient toujours plus pour beaucoup moins. « C’est la crise, les temps sont durs, alors tu comprends… » refrain connu, mais bon, avec un peu de bonne volonté, un peu de souplesse commerciale, on s’en sortait. Je m’en sortais. La crise était passée par là, mais elle n’expliquait pas tout. On restait sur un principe classique, un client, un fournisseur et chacun défend ses intérêts dans l’intérêt commun. 

Mon penchant pour les sujets engagés et sociaux m’a fait aller vers les problématiques sociales et sociétales dans l’univers merveilleux des relations humaines professionnelles. L’engagement ça me connait, mes thèmes de prédilection tournent autour de la parité homme femme, du handicap, de la diversité, de la responsabilité sociale des entreprises et je viens de me plonger à corps perdu dans celui du bien-être et la qualité de vie au travail. Les mécanismes du burn out, du management toxique n’ont plus de secret pour moi. Ça tombe rudement bien, ça m’intéresse. Et puis, sans crier gare, c’est là où je voulais en venir, je suis tombé dans ce que j’appelle l’économie des crevards.

Qu’est-ce que l’économie des crevards

Ce n’est pas très nouveau, cela s’appuie sur la bonne vieille recette de l’exploitation de l’homme par l’homme. Mais de façon très pernicieuse, car totalement consentante. Ça commence doucement, par le bon côté de la chose. Votre esprit d’engagement, votre passion pour les causes sociétales, votre vision utopique des grandes mutations, un optimisme sans faille, et enfin, pour couronner le tout une plume prolixe et le sens de la communication. Donc, rien de plus logique que de se tourner vers tous ces nouveaux acteurs de la pensée, Cercle de… Fabrique à… Observatoire des… et Think Tank de la… Des noms évocateurs d’engagement, de combats justes et d’intelligence collective au service de la bonne cause. Nous ne sommes pas loin de « à plusieurs on est plus fort » et « unissons nos talents »… 

Alors, on s’approche, ça fleure bon la belle aventure, l’espoir renait : gagner sa vie en étant utile et en accord avec ses idées. Les premiers contacts sont bons, l’enthousiasme est communicatif, l’avenir s’annonce radieux. Puis, après quelques échanges de mails au tutoiement de rigueur, arrive la question qui vous brule le clavier (à défaut des lèvres…eh oui, dans l’économie des crevards on utilise peu le téléphone, mais surtout Skype et les mails… on est moderne et peu joignable) « tu paies combien pour tout ça, la mise à jour du site, les 4 articles mensuels et la veille quotidienne d’informations? ». S’en suit un silence de mails et de skype de plusieurs heures voire de jours. Enfin la réponse tombe, vous imaginez qu’il a fallu un peu de temps à votre interlocuteur pour vous débloquer le budget, car vous êtes dans la vieille économie : toute peine mérite salaire. Et là, vous ouvrez le mail, on y parle de passion, de juste cause, d’engagement, de plaisir, de réseau, de fierté, d’aventure sociale… mais pas d’argent! Peur de ne pas avoir été assez clair, vous réitérez votre question sur le tarif. La seconde réponse lunaire arrive, on y parle de bénévolat, de contributeur désintéressé, de membre amical, d’ambassadeur, d’esprit associatif, de solidarité, de « pour le moment, on se consacre aux enjeux, l’argent viendra après », le plaisir d’échanger… et là je ne réponds plus.

Putain! Comment je bouffe? Tu crois que ma quittance d’électricité, elle est bénévole? Tu crois que le plein de ma bagnole, c’est de l’entreprenariat solidaire? Dis moi, Cercle de… Fabrique à… Observatoire des… et Think Tank de la… tu les vends tes études! Rappelle-moi, toute cette matière gratuite, tu en fais tes sujets de conférences et de tes tables rondes payantes. 

Voilà en résumé ce que c’est que l’économie des crevards. Des gens talentueux, passionnés (je ne parle pas spécialement de moi…) diplômés, à la tête bien faite, qui bossent gratuitement en y mettant tout leur coeur et leurs convictions pour des organisations aux financements obscurs qui exploitent leur intelligence et leur enthousiasme en leur faisant miroiter une reconnaissance hypothétique. Sans doute ai-je manqué une étape, une mutation m’a échappé ou mon estomac est devenu trop exigeant ne pouvant se satisfaire uniquement d’amour et d’eau fraiche.