10/01/2016

Un an déjà qu’il s’en est allé. Je sais je vous avais promis un billet « joyeux » seulement voilà ne pas publier ce billet aujourd’hui aurait été impensable.

Je me souviens de ce lundi 10 janvier 2016, je me réveillais à peine, je n’y ai pas cru sur le moment, je venais de découvrir son dernier disque que j’adorais déjà, je l’avais écouté en boucle la veille, me promettant d’y mettre cinq étoiles. Et puis là cette dépêche qui me saute au visage, sur mon smartphone, David Bowie vient de mourir, j’allume la radio, je n’y crois pas. Une amie m’envoie un sms et me confirme l’affreuse nouvelle. Je me suis senti bizarre, terrassé, un « ami de longue date » venait de nous quitter. J’aurais du m’en douter, le disque sous cette nouvelle lumière avait des accents crépusculaires et ressemblait fortement à un testament.

Le monde s’écroulait, mon monde. Ma madeleine de Proust. Celui qui avait été ma bande son intime depuis quarante ans. Bowie que j’avais découvert dans un Salut les Copains trouvé dans une poubelle. J’avais été fasciné par sa photo, un androgyne, homme, femme, je ne savais pas. Intrigué j’avais arraché la page, un simple encadré de quelques lignes avec une photo époque Ziggy Stardust. On était en 1973. J’avais tout juste onze ans. Mon anniversaire approchait, je n’avais pas réfléchi, j’avais demandé un disque de lui pour cadeau. J’avais même pas d’électrophone (on appelait ça comme ça à l’époque).

J’eus le droit à un 45 tours, ces disques avec un grand trou au milieu, une reprise de Jacques Brel , Amsterdam avec en face B Sorrow. J’avais été surpris, décontenancé à la première écoute, et puis il y avait cette voix. Dès que mes parents m’en laissaient l’occasion je mettais mon disque, je préférais Sorrow, pour son rythme et ses arrangements, Brel ça me rappelait un peu trop ce qu’écoutait mes parents.

Presque un an après je reçus en cadeau mon premier électrophone que j’installais religieusement dans ma chambre, je cassais ma tirelire et me précipitais chez le disquaire du coin, à côté de la salle Pleyel. Je craquais immédiatement sur la pochette d’Aladdin Sane, ce portrait magnifique sur fond blanc avec cet éclair rouge et bleu qui barrait le visage de Bowie. Un électrochoc pour un garçon de douze ans pré-adolescent. Une révélation, des premières notes de Watch That Man, à la respiration sur Time, je connaissais chaque chanson par coeur, chaque accord, The Jean Genie est devenu rapidement mon hymne. J’étais trop jeune pour comprendre le sens et l’allusion à Jean Genet, peu importe, la guitare et le refrain m’avaient marqué à jamais. Ma bowiemania était née et elle ne me quittera plus.

Je profitais de la moindre occasion pour me faire offrir un disque de David Bowie, rattrapant ainsi mon retard, de Space Oddity à Ziggy Stardust. Après je me suis mis à suivre les sorties de tous ses nouveaux albums avec fébrilité et enthousiasme, ne comprenant pas comment un artiste aussi génial ne passait que rarement à la radio et jamais en télé. Je déchiffrai avec un dictionnaire anglais les notes des pochettes, les crédits des musiciens, jusqu’au studio d’enregistrement et le mixage. Chaque photo de pochette devenait une icône fruit de ma vénération fanatique.

 

1976 Isolar Tour

Le second choc eut lieu en 1976, mon premier concert rock. Ça me changeait de mes parents qui m’avaient emmené voir Serge Lama et Léo Ferré.

1976, Porte de Pantin, David Bowie Isolar Tour, j’avais quatorze ans. A l’époque c’était une aventure, la France venait juste d’autoriser les Rolling Stones a venir jouer à Paris, jusque là interdit de concert, et la Porte de Pantin souffrait d’une sale réputation, il régnait sur l’univers des concerts rock une odeur sulfureuse et ce pauvre Giscard et son accordéon n’arrangeait rien. Merci rétrospectivement à mes parents de m’avoir autorisé à y aller. J’y retrouvais donc ma petite amie et le frère de celle-ci qui avait 18 ans. Je croisais pour la première fois des armées de fans, maquillés comme leur idole. J’étais fasciné, pourtant jamais l’idée me serait venu de me coiffer ou de me maquiller comme Bowie, ma vénération était de l’ordre intellectuel et émotionnel. Ce fût une énorme claque, une expérience inoubliable même quarante et un ans après , je m’en souviens. Bowie en Think White Duke, cheveux plaqués, gilet noir chemise blanche et cigarettes Gitane dans la poche, lumières blafardes, guitares hurlantes, je venais de vivre mon premier concert, une explosion des sens! Trente années plus tard j’en parlais avec un ami qui par un hasard extraordinaire avait été à ce même concert et nous avons du admettre que nous avions assisté ce jour-là à un moment d’exception. Depuis je suis allé à de nombreux concerts de Bowie et d’autres groupes mythiques mais celui-là restera gravé à jamais.

Chaque nouvel album de David Bowie marqua une étape de ma vie, Diamond Dogs, Station to Station, Heroes, Let’s Dance, Outside, Heathen et naturellement BlackStar. Et c’est ainsi que Bowie est devenu au fil du temps et pour toujours la BO intime, de mes moments importants et parfois moins, de mes instants de joie ou de tristesse. Ces disques sont toujours là (malheureusement sous une forme dématérialisée, mes vinyles ont disparu), je les écoute régulièrement. Quelque fois avec tristesse mais toujours avec un plaisir intact. La seule chose qui ne reviendra plus, c’est cette excitation fébrile à la sortie d’un nouvel album de Bowie. Ce moment de découverte, cette pierre à l’édifice de ma passion. Quel personnage allait-il inventé cette fois? Aujourd’hui cette époque est révolue, et je m’accroche aux rééditions sans en être dupe, si de nouveaux morceaux doivent sortir, je sais qu’ils n’auront pas été sélectionnés ni choisis par le maitre, comme un goût de réchauffé, je les écouterai sans doute avec plaisir, mais sans cette excitation qui me transportait sur un petit nuage à chaque sortie d’un nouvel album de David Bowie.

Une nouvelle rubrique

Je vous ai déjà parlé de ma vie d’écrivain. J’ai du la laisser de côté faute d’éditeur et surtout de moyens. Il reste néanmoins trois romans, dont un  non publié que je vous propose de découvrir en avant première, chapitre après chapitre dans une nouvelle rubrique : LES ECRITS. Ne recherchez rien d’autobiographique il s’agit d’un pur roman. Et surtout n’hésitez pas à laisser des commentaires au fil de la lecture.

L’Album Photos

Chapitre I

 

Cela faisait plus d’un an que la maison était fermée, exactement depuis son hospitalisation. Juste avant de partir en vacances, nous étions passés le voir avec Valérie, ma femme, et nos deux enfants, Adrien et Julia. Une visite de courtoisie, rapide, efficace et polie ; hygiénique, aurait dit mon frère. Il y avait bien longtemps que je n’avais plus que ça à lui offrir.

La chaleur étouffante de ce mois de juillet devait être en partie la cause de ses difficultés respiratoires. Son souffle saccadé et sifflant, trahissait sa mauvaise condition physique. A chaque pas hésitant, le vieillard épuisé grimaçait de douleur. Lui, l’homme raffiné et élancé, le chef d’entreprise respecté, ça devait lui en coûter de se montrer, si diminué. Valerie voulut l’aider à s’assoir, il la repoussa d’un air agacé, puisant dans ses faibles forces pour défendre le peu d’autonomie qui lui restait. Le voir ainsi, son grand corps maigre et vouté, n’engendra pas chez moi la moindre compassion, tout au plus le désir immuable de le fuir, lui avec qui je n’avais toujours pas réussi à faire la paix. Quarante ans que je lui en voulais, quarante ans que j’attendais qu’il fasse le premier pas, qu’il s’excuse.

Je tirai Valerie par le bras et l’entraînai hors de la pièce, tandis que mon père reprenait, petit à petit, sa respiration.

-Nous ne pouvons pas le laisser comme ça, Olivier! Il ne va vraiment pas bien, il doit absolument voir un médecin.

Valérie avait raison, je reculais cette décision depuis plusieurs mois. Au fil de nos visites, je vis son état empirer ; sa peau devenue transparente et cireuse, ses cheveux plaqués sur son crâne osseux, lui donnaient un air cadavérique. Il ne voulait pas perdre la face et s’efforçait de me rassurer, me renvoyant d’autant plus à ce sentiment insupportable d’impuissance coupable.

-Ne t’inquiète pas, le médecin passe toutes les semaines. Lui, au moins, il vient me voir, s’était-il senti obligé d’ajouter, d’un ton aigre.

Je n’avais retenu que le début de sa phrase, ça m’arrangeait bien. J’étais mal à l’aise devant lui, je fuyais son déclin, de plus en plus inéluctable, et refusais d’admettre qu’il devenait impotent. Valérie attribuait la cause de mon déni à l’attachement profond pour mon père que je refusais de reconnaitre. Je me sentais surtout très lâche et la déchéance physique m’effrayait.
Pour l’instant, je ne pensais qu’aux vacances. Nous allions partir trois semaines en Italie, pourtant, ma mauvaise conscience me dictait d’agir. Le laisser ainsi, gâcherait notre séjour, je savais trop bien que la culpabilité me tarauderait comme toujours. Mon père allait nous pourrir nos vacances, comme il avait pourri la vie de ma mère et indirectement, celle de mon frère et la mienne. Valérie tomba sur le répondeur du docteur Marin absent jusqu’à la fin juillet : les patients devaient s’adresser directement aux urgences. Ce fut à ce moment là que, me connaissant, j’aurais renoncé et serais parti, mais pas ma femme. Elle insista et appela SOS médecins : quelqu’un serait sur place dans une petite heure. Une longue attente commença. Les enfants étaient sortis jouer dans le jardin, et nous nous retrouvâmes face à mon père somnolent. Ses cheveux blancs clairsemés et en bataille, tombaient sur son visage émacié, un filet de bave coulait au coin de sa bouche, ses doigts aux ongles trop longs s’agrippaient, tels des serres tremblantes, aux bras du fauteuil. Ce spectacle pitoyable me dégoûtait, Valérie se leva, l’essuya avec douceur et tenta de le recoiffer, le vieux ne bougeait pas.

Le toubib arriva enfin, une heure et demi plus tard. J’eus du mal à cacher mon agacement, mais décidai de prendre sur moi et ne rien montrer. Il s’approcha de mon père qui se laissa faire, sans dire un mot. Il lui prit la tension, puis l’ausculta ; la consultation dura une vingtaine de minutes. Je n’arrêtai pas de regarder ma montre, les enfants avaient faim et moi aussi. Quand il sortit de la pièce, le jeune docteur avait un air grave.

-Il est très faible et souffre de plusieurs complications. Il est indispensable de faire des examens complets, nous déclara-t-il.

-Pensez-vous que cela puisse attendre 3 semaines, lui demandai-je.

-Je ne crois pas, le mieux serait qu’il soit hospitalisé dès ce soir. Appelez le 15, c’est la solution la plus rapide. Ils le transporteront dans un hôpital où une équipe médicale le prendra en charge tout de suite. Possible que ce ne soit pas si grave, mais par précaution, je vous encourage à le faire.

J’hésitai en regardant mon père qui haletait dans son fauteuil. Il parvint tant bien que mal à étendre ses jambes dans un long gémissement. Pendant ce temps, Valérie était au téléphone avec le SAMU, une ambulance allait arriver.

Deux heures plus tard, nous le laissions dans une chambre spacieuse et propre, entouré d’un médecin et d’une infirmière. Ils allaient le garder en observation quelques jours, le temps de faire les examens nécessaires. Le vieux était stressé et même s’il ne le montrait pas, son regard trahissait son désespoir de se trouver là. Il cherchait à me culpabiliser comme à chaque fois, mais ça ne prendrait pas. Nous avions pris la bonne décision, enfin Valérie l’avait prise pour moi. Le savoir en sécurité me rassurait et me laissait partir en vacances l’esprit léger. Nous convînmes d’appeler l’hôpital deux jours plus tard pour connaître les résultats. Valérie embrassa son beau-père sur le front et sortit de la chambre. Je restai seul avec lui quelques instants, puis posai ma main sur son bras, il ne dit rien.

-Ne t’inquiète pas papa, on t’appellera tous les jours. Ils vont bien s’occuper de toi, ici. Ils te soigneront plus efficacement que le docteur Marin. Quand on rentrera d’Italie, tu viendras passer quelques jours à la maison.

la suite dans LES ECRITS

Pourquoi je n’aime plus les fêtes de fin d’année

Les fêtes sont passées, terminées, pliées, vous l’avez compris, je n’aime pas cette époque de l’année, je crois déjà vous l’avoir dit, j’en ai même fait un argument d’une carte envoyée à mes clients.
Mais à force de le répéter telle une litanie, je me suis posé la question de la cause réelle de mon aversion grandissante.

Naturellement le côté esprit de Noël sur-joué a le don de m’agacer, ce côté bonheur à tout prix sonne faux. Il faut bien jouer la carte du commerce et contribuer à la consommation, même si mes finances ont largement dépassé le rouge, je me devais de faire le minimum. Heureusement la Colline par son côté intemporel , a permis d’échapper à la liesse générale. Nul sapin, nous les avons laissé dans le jardin, nul crèche source de polémiques en ces temps d’obscurantisme… Bref objectif atteint, faire de Noël un jour comme un autre, et ça tombe bien, ma compagne qui me supporte au quotidien, partage mon point de vue. Il a suffi d’éviter la TV, les pubs sirupeuses, les regards émerveillés des enfants, les yeux humides des grand-mères recevant leur 300e album photos rempli de photos des enfants et petits enfants nourris au bonheur absolu.

-Pour que tu ne nous oublies pas Mamie…

Pas culotté le bambin… C’est plutôt lui qui adolescent va oublier sa grand-mère, la pauvre elle se forcera à s’inscrire sur Facebook, espérant le croiser, mais le chenapan a un compte privé et il ne laissera pas sa mamie chérie venir le lui polluer avec ses bons sentiments.

On est à peine sorti de Noël, qu’il faut affronter le réveillon du 31… Les bilans de l’année, les rétrospectives, les dix meilleurs films, les dix meilleurs disques, livres, spectacles, séries, j’ai même trouvé les dix meilleurs lapsus politiques. Les zapping sont de moins en moins drôles, l’actualité ne nous en laisse plus l’occasion… Alors là-aussi la fuite s’impose. La question récurrente : vous faites quoi pour le réveillon? est source d’inquiétude. Une invitation de dernière minute… alors que vous avez tout fait pour y échapper, trop heureux.
Mais tout ça n’explique pas tout. Chaque année cette période me plonge dans un abîme d’angoisse et ça ne s’arrange pas, au contraire. Alors il me fallait creuser la question, comprendre la raison cachée. J’ai beau être un ours, je ne suis pas allergique à ce point au bonheur des autres. Et puis la réponse est venue, je ne l’ai pas trouvée seul, ma compagne semblait plus avancée sur le sujet que moi.

Et si Noël était le moment idéal pour que ressurgissent les fantômes du passé?

Ces fantômes qui se rappellent à votre bon souvenir par leur absence. Les disparus, les décédés, les divorcés, les déménagés, les fâchés de longue date, les grandis trop vite et tous ceux qu’on ne reverra plus ou rarement. Pour moi Noël, c’est ma Toussaint… ma fête des morts, mon album souvenir, de tous ceux que je croisais le soir de réveillon au pied du sapin, bu du champagne avec et ri au moment d’ouvrir les cadeaux en pensant à ce sacré Père Noël qui nous a encore fait le coup de passer par le conduit de la cheminée trop petit. Ceux avec qui nous comptions les 13 desserts et tombions jamais sur le bon nombre, les fruits ça compte pas, mais si dans la tradition ça en fait partie. On cherchait des piles pour le jouet du petit dernier en maudissant le fabricant trop radin qui aurait pu en mettre dans la boite… Autant de souvenirs à partager ce soir un peu spécial où les cadeaux forment des montagnes de bons sentiments.

Le 31, l’occasion festive obligée

On se retrouve entre amis, on mange bien et à minuit on se précipite sur son téléphone pour envoyer des messages de bonne année à la terre entière, comme si les personnes présentes ne suffisaient pas à étancher le besoin de répandre son trop plein de voeux. On faisait comment avant les smartphones? Je ne me souviens plus, je crois qu’on s’embrassait sous le gui et on sortait les alcools forts.

J’aurais pu attendre encore un peu pour vous raconter tout ça, surtout pour ce premier billet de 2017. C’est pour ça que j’ai préféré reculer à début janvier, que les fêtes soient passées, je ne voulais pas gâcher ces moments privilégiés. Je profite de cette occasion pour vous souhaiter sincèrement une belle et heureuse année, promis la prochaine fois je vous parlerai de choses plus amusantes.