10/01/2016

Un an déjà qu’il s’en est allé. Je sais je vous avais promis un billet « joyeux » seulement voilà ne pas publier ce billet aujourd’hui aurait été impensable.

Je me souviens de ce lundi 10 janvier 2016, je me réveillais à peine, je n’y ai pas cru sur le moment, je venais de découvrir son dernier disque que j’adorais déjà, je l’avais écouté en boucle la veille, me promettant d’y mettre cinq étoiles. Et puis là cette dépêche qui me saute au visage, sur mon smartphone, David Bowie vient de mourir, j’allume la radio, je n’y crois pas. Une amie m’envoie un sms et me confirme l’affreuse nouvelle. Je me suis senti bizarre, terrassé, un « ami de longue date » venait de nous quitter. J’aurais du m’en douter, le disque sous cette nouvelle lumière avait des accents crépusculaires et ressemblait fortement à un testament.

Le monde s’écroulait, mon monde. Ma madeleine de Proust. Celui qui avait été ma bande son intime depuis quarante ans. Bowie que j’avais découvert dans un Salut les Copains trouvé dans une poubelle. J’avais été fasciné par sa photo, un androgyne, homme, femme, je ne savais pas. Intrigué j’avais arraché la page, un simple encadré de quelques lignes avec une photo époque Ziggy Stardust. On était en 1973. J’avais tout juste onze ans. Mon anniversaire approchait, je n’avais pas réfléchi, j’avais demandé un disque de lui pour cadeau. J’avais même pas d’électrophone (on appelait ça comme ça à l’époque).

J’eus le droit à un 45 tours, ces disques avec un grand trou au milieu, une reprise de Jacques Brel , Amsterdam avec en face B Sorrow. J’avais été surpris, décontenancé à la première écoute, et puis il y avait cette voix. Dès que mes parents m’en laissaient l’occasion je mettais mon disque, je préférais Sorrow, pour son rythme et ses arrangements, Brel ça me rappelait un peu trop ce qu’écoutait mes parents.

Presque un an après je reçus en cadeau mon premier électrophone que j’installais religieusement dans ma chambre, je cassais ma tirelire et me précipitais chez le disquaire du coin, à côté de la salle Pleyel. Je craquais immédiatement sur la pochette d’Aladdin Sane, ce portrait magnifique sur fond blanc avec cet éclair rouge et bleu qui barrait le visage de Bowie. Un électrochoc pour un garçon de douze ans pré-adolescent. Une révélation, des premières notes de Watch That Man, à la respiration sur Time, je connaissais chaque chanson par coeur, chaque accord, The Jean Genie est devenu rapidement mon hymne. J’étais trop jeune pour comprendre le sens et l’allusion à Jean Genet, peu importe, la guitare et le refrain m’avaient marqué à jamais. Ma bowiemania était née et elle ne me quittera plus.

Je profitais de la moindre occasion pour me faire offrir un disque de David Bowie, rattrapant ainsi mon retard, de Space Oddity à Ziggy Stardust. Après je me suis mis à suivre les sorties de tous ses nouveaux albums avec fébrilité et enthousiasme, ne comprenant pas comment un artiste aussi génial ne passait que rarement à la radio et jamais en télé. Je déchiffrai avec un dictionnaire anglais les notes des pochettes, les crédits des musiciens, jusqu’au studio d’enregistrement et le mixage. Chaque photo de pochette devenait une icône fruit de ma vénération fanatique.

 

1976 Isolar Tour

Le second choc eut lieu en 1976, mon premier concert rock. Ça me changeait de mes parents qui m’avaient emmené voir Serge Lama et Léo Ferré.

1976, Porte de Pantin, David Bowie Isolar Tour, j’avais quatorze ans. A l’époque c’était une aventure, la France venait juste d’autoriser les Rolling Stones a venir jouer à Paris, jusque là interdit de concert, et la Porte de Pantin souffrait d’une sale réputation, il régnait sur l’univers des concerts rock une odeur sulfureuse et ce pauvre Giscard et son accordéon n’arrangeait rien. Merci rétrospectivement à mes parents de m’avoir autorisé à y aller. J’y retrouvais donc ma petite amie et le frère de celle-ci qui avait 18 ans. Je croisais pour la première fois des armées de fans, maquillés comme leur idole. J’étais fasciné, pourtant jamais l’idée me serait venu de me coiffer ou de me maquiller comme Bowie, ma vénération était de l’ordre intellectuel et émotionnel. Ce fût une énorme claque, une expérience inoubliable même quarante et un ans après , je m’en souviens. Bowie en Think White Duke, cheveux plaqués, gilet noir chemise blanche et cigarettes Gitane dans la poche, lumières blafardes, guitares hurlantes, je venais de vivre mon premier concert, une explosion des sens! Trente années plus tard j’en parlais avec un ami qui par un hasard extraordinaire avait été à ce même concert et nous avons du admettre que nous avions assisté ce jour-là à un moment d’exception. Depuis je suis allé à de nombreux concerts de Bowie et d’autres groupes mythiques mais celui-là restera gravé à jamais.

Chaque nouvel album de David Bowie marqua une étape de ma vie, Diamond Dogs, Station to Station, Heroes, Let’s Dance, Outside, Heathen et naturellement BlackStar. Et c’est ainsi que Bowie est devenu au fil du temps et pour toujours la BO intime, de mes moments importants et parfois moins, de mes instants de joie ou de tristesse. Ces disques sont toujours là (malheureusement sous une forme dématérialisée, mes vinyles ont disparu), je les écoute régulièrement. Quelque fois avec tristesse mais toujours avec un plaisir intact. La seule chose qui ne reviendra plus, c’est cette excitation fébrile à la sortie d’un nouvel album de Bowie. Ce moment de découverte, cette pierre à l’édifice de ma passion. Quel personnage allait-il inventé cette fois? Aujourd’hui cette époque est révolue, et je m’accroche aux rééditions sans en être dupe, si de nouveaux morceaux doivent sortir, je sais qu’ils n’auront pas été sélectionnés ni choisis par le maitre, comme un goût de réchauffé, je les écouterai sans doute avec plaisir, mais sans cette excitation qui me transportait sur un petit nuage à chaque sortie d’un nouvel album de David Bowie.

Pourquoi je n’aime plus les fêtes de fin d’année

Les fêtes sont passées, terminées, pliées, vous l’avez compris, je n’aime pas cette époque de l’année, je crois déjà vous l’avoir dit, j’en ai même fait un argument d’une carte envoyée à mes clients.
Mais à force de le répéter telle une litanie, je me suis posé la question de la cause réelle de mon aversion grandissante.

Naturellement le côté esprit de Noël sur-joué a le don de m’agacer, ce côté bonheur à tout prix sonne faux. Il faut bien jouer la carte du commerce et contribuer à la consommation, même si mes finances ont largement dépassé le rouge, je me devais de faire le minimum. Heureusement la Colline par son côté intemporel , a permis d’échapper à la liesse générale. Nul sapin, nous les avons laissé dans le jardin, nul crèche source de polémiques en ces temps d’obscurantisme… Bref objectif atteint, faire de Noël un jour comme un autre, et ça tombe bien, ma compagne qui me supporte au quotidien, partage mon point de vue. Il a suffi d’éviter la TV, les pubs sirupeuses, les regards émerveillés des enfants, les yeux humides des grand-mères recevant leur 300e album photos rempli de photos des enfants et petits enfants nourris au bonheur absolu.

-Pour que tu ne nous oublies pas Mamie…

Pas culotté le bambin… C’est plutôt lui qui adolescent va oublier sa grand-mère, la pauvre elle se forcera à s’inscrire sur Facebook, espérant le croiser, mais le chenapan a un compte privé et il ne laissera pas sa mamie chérie venir le lui polluer avec ses bons sentiments.

On est à peine sorti de Noël, qu’il faut affronter le réveillon du 31… Les bilans de l’année, les rétrospectives, les dix meilleurs films, les dix meilleurs disques, livres, spectacles, séries, j’ai même trouvé les dix meilleurs lapsus politiques. Les zapping sont de moins en moins drôles, l’actualité ne nous en laisse plus l’occasion… Alors là-aussi la fuite s’impose. La question récurrente : vous faites quoi pour le réveillon? est source d’inquiétude. Une invitation de dernière minute… alors que vous avez tout fait pour y échapper, trop heureux.
Mais tout ça n’explique pas tout. Chaque année cette période me plonge dans un abîme d’angoisse et ça ne s’arrange pas, au contraire. Alors il me fallait creuser la question, comprendre la raison cachée. J’ai beau être un ours, je ne suis pas allergique à ce point au bonheur des autres. Et puis la réponse est venue, je ne l’ai pas trouvée seul, ma compagne semblait plus avancée sur le sujet que moi.

Et si Noël était le moment idéal pour que ressurgissent les fantômes du passé?

Ces fantômes qui se rappellent à votre bon souvenir par leur absence. Les disparus, les décédés, les divorcés, les déménagés, les fâchés de longue date, les grandis trop vite et tous ceux qu’on ne reverra plus ou rarement. Pour moi Noël, c’est ma Toussaint… ma fête des morts, mon album souvenir, de tous ceux que je croisais le soir de réveillon au pied du sapin, bu du champagne avec et ri au moment d’ouvrir les cadeaux en pensant à ce sacré Père Noël qui nous a encore fait le coup de passer par le conduit de la cheminée trop petit. Ceux avec qui nous comptions les 13 desserts et tombions jamais sur le bon nombre, les fruits ça compte pas, mais si dans la tradition ça en fait partie. On cherchait des piles pour le jouet du petit dernier en maudissant le fabricant trop radin qui aurait pu en mettre dans la boite… Autant de souvenirs à partager ce soir un peu spécial où les cadeaux forment des montagnes de bons sentiments.

Le 31, l’occasion festive obligée

On se retrouve entre amis, on mange bien et à minuit on se précipite sur son téléphone pour envoyer des messages de bonne année à la terre entière, comme si les personnes présentes ne suffisaient pas à étancher le besoin de répandre son trop plein de voeux. On faisait comment avant les smartphones? Je ne me souviens plus, je crois qu’on s’embrassait sous le gui et on sortait les alcools forts.

J’aurais pu attendre encore un peu pour vous raconter tout ça, surtout pour ce premier billet de 2017. C’est pour ça que j’ai préféré reculer à début janvier, que les fêtes soient passées, je ne voulais pas gâcher ces moments privilégiés. Je profite de cette occasion pour vous souhaiter sincèrement une belle et heureuse année, promis la prochaine fois je vous parlerai de choses plus amusantes.

Les start-up c’est presque sympa

Je vous avais dit que je vous parlerais de mon expérience de collaboration avec une start-up

Par un hasard heureux, je suis entré en contact avec l’une d’elle qui me proposait de travailler sur une idées qu’elle venait de lancer. Le projet me plaisait, il s’agissait d’un baromètre politique avec une approche ludique. Je devais l’alimenter quotidiennement en informations et les balancer aux internautes qui les notaient de manière décalée.

Nous étions donc convenu avec mon interlocuteur que cela me prendrait une heure par jour : trouver l’info, la sélectionner, l’illustrer et la mettre en ligne. On était plus près des une heure trente, mais bon, le projet me plaisait. Après une négociation âpre par mails et skype, nous sommes enfin tombés d’accord. Je vous l’ai déjà signalé, cette nouvelle génération préfère pianoter sur son smartphone plutôt que se servir de sa fonction première : passer des appels. On se met d’accord sur la base de sept jours sur sept au tarif horaire de mon fils de quinze ans quand il fait du babysitting, encore que lui, il n’a pas de charges… contrairement à moi dont la moitié part en cotisations. Je le répète, le projet me plaisait.

L’aventure devait déboucher sur la création d’une application mobile, cela avait fini de me persuader de l’intérêt de l’aventure avec cette start-up. Un vieux exploité par des jeunes, le client avait l’âge de ma fille ainée, la situation ne manquait pas de piquant. Ah oui, j’avais oublié, les « contrats » étaient sur des périodes de une ou deux semaines renouvelables, à la manière anglo-saxonne, rien n’est jamais gagné, faudrait pas que je me crois arrivé. Je ne vais pas me plaindre, j’en suis maintenant à trois mois de collaboration complète.

Au bout d’un mois et demi, je décide d’aborder le sujet qui fâche et je demande si je peux envoyer ma première facture, un total modeste qui ne me permettrait même pas d’acheter un iPhone SE avec engagement de deux ans… Accord de mon interlocuteur par un bref ok laconique. Ne voyant pas de versement au bout d’un mois, je pensais que les start-up c’était rapide… à l’inverse des grands groupes qui payent à 60 jours fin de mois dans le meilleur des cas. Je prends donc contact par Skype avec mon client et lui demande s’il peut activer le règlement de la facture. Le type faussement désolé m’explique que la start-up appartient maintenant à un grand groupe de presse international et que les paiements sont assez longs.

Aujourd’hui, l’application est lancée, je l’alimente chaque jour en photos et en textes. Sur le plan du travail, je m’amuse bien, j’adore lire la presse, la politique m’intéresse, le travail de veille et de sélection est maintenant bien rodé. Chaque matin, samedi et dimanche compris, je mets l’application à jour en postant de nouveaux contenus pour que les gens votent.

Non seulement, je suis payé au lance-pierres, mais en plus je contribue à la trésorerie d’une multinationale! Une fois de plus, j’ai l’impression de « payer » pour faire un travail qui m’intéresse, c’est aussi ça l’économie des crevards.

Il parait que c’est un peu tabou de parler fric à chaque fois. Cette vie reculée, que j’ai choisie au fin fond de la campagne provençale, me transforme petit à petit en vieux paysan qui compte ses maigres sous… Promis la prochaine fois je vous parle d’autre chose.

Entre passion et besoin de partager, l’économie des crevards a trouvé sa source

Je continue mon petit tour de l’économie des crevards dont une des origines est issue de l’économie digitale. Elle fait appel aux mêmes ressorts : passion, enthousiasme, envie de partager…. 

Tout commence simplement. Ce jour-là, j’achète de la musique sur iTunes, oui, j’achète plutôt que télécharger gratuitement et mon abonnement à un service de streaming est payant également; parce qu’on ne peut pas s’insurger contre l’économie des crevards et faire la même chose avec des artistes qui ont eu aussi besoin de bouffer. Donc, je reviens à mon achat. L’album est une excellente surprise et suscite chez moi un enthousiasme certain que je désire partager immédiatement, me voilà donc à évaluer mon niveau de satisfaction par un système d’étoiles et le clamer à la face du monde, qui au fond doit s’en foutre totalement… Mais pas autant que ça, un disque qui cumule les cinq étoiles aura plus de chance d’attirer mon intérêt que ceux qui n’en totalisent qu’une ou deux. Alors, je mets mes cinq étoiles et là, iTunes me propose de déposer un avis.

Mon enthousiasme n’a pas faibli et je décide de perdre quelques précieuses minutes à rédiger un avis que j’espère pertinent, intéressant et communicatif. Je me sens pousser des ailes de critique de disque, forcément positif. Et là, doucement, j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Je vérifie que mon avis a bien été enregistré, qu’il figure en bonne place et qu’il est jugé pertinent par les utilisateurs d’iTunes. Eh oui, l’apprenti juge que je suis est lui même jugé… La compétition est partout. Je suis devenu un gentil contributeur bénévole sur iTunes et par la même occasion, je me retrouve à travailler (un petit peu) gracieusement pour de grandes maisons de disques. Vous voyez où je veux en venir?

On appelle ça l’expérience consommateur 

Retour à mes expériences, j’achète sur Amazon (c’est à l’époque bénie où je ne faisais pas encore partie de l’économie des crevards), une enceinte mobile pour écouter ma musique achetée légalement. Le produit arrive et correspond parfaitement à mes attentes. Vingt-quatre heures plus tard, Amazon m’envoie un mail pour me demander si je suis satisfait. Bien sûr que je le suis! Je note donc le produit, les sacro-saintes petites étoiles… Et puis là aussi, on me demande si je ne voudrais pas laisser un avis. Bon prince, je m’exécute. Je rédige un avis, que je veux pertinent et utile. Quelque temps plus tard, je reçois un mail d’Amazon qui me demande si je veux répondre à la question de ce client potentiel qui hésite sur le choix de cette enceinte… Je me plie donc à cet exercice et réponds du mieux possible à la question. Une semaine plus tard, nouveau mail, nouvelle question d’un nouvel acheteur potentiel… Je fournis l’explication attendue. Et ce petit jeu continue ainsi pendant trois autres mails… Jusqu’à ce que j’en reçoive un, cette fois-ci, de la marque de l’enceinte qui me demande si j’aurais l’obligeance de déposer directement un avis sur son propre site.

Je ne sais combien de temps j’ai consacré à promouvoir ce produit, mais ce que je sais, c’est que tout cela ressemble fortement à du travail et que ça n’est pas rémunéré. Une fois de plus, on a fait appel à mon enthousiasme et mon désir de partager. Peut-être devrais-je m’inscrire dans une « ferme à click », au moins, je serais payé… très mal, j’en conviens. Tiens, parlons-en des like, ce sera mon prochain sujet.

Le jour où j’ai croisé l’économie des crevards

Je vous avais quitté, il y a quelques temps, sur ma dure condition d’écrivain en devenir. Je vous retrouve dans ma nouvelle condition du « retour du pro de la com », pas tellement facile non plus.

Soyons clairs, l’écrivain en devenir n’a pas reçu beaucoup d’échos… Le bon sens, ou la catastrophe annoncée m’ont obligé à revoir ma copie et ma reconversion. La leçon à retenir : on ne devient pas écrivain comme ça, du jour au lendemain. Personne ne vous attend et encore moins les éditeurs. Aucune rancoeur, juste un constat. 

Alors je me suis remis au travail, le seul que je sais à peu près faire, proposer mes services de professionnel de la communication. Je me suis rappelé au bon souvenir de quelques clients potentiels, ai fait mon site (merci à Franco pour son aide précieuse) et réactivé mon réseau. Que du classique me direz-vous. 

Ce qui est nouveau et ce que j’avais envie de partager avec vous, c’est le changement, imperceptible au premier coup d’oeil, du petit monde des freelances de la communication. J’avais lâché un monde de clients exigeants qui en voulaient toujours plus pour beaucoup moins. « C’est la crise, les temps sont durs, alors tu comprends… » refrain connu, mais bon, avec un peu de bonne volonté, un peu de souplesse commerciale, on s’en sortait. Je m’en sortais. La crise était passée par là, mais elle n’expliquait pas tout. On restait sur un principe classique, un client, un fournisseur et chacun défend ses intérêts dans l’intérêt commun. 

Mon penchant pour les sujets engagés et sociaux m’a fait aller vers les problématiques sociales et sociétales dans l’univers merveilleux des relations humaines professionnelles. L’engagement ça me connait, mes thèmes de prédilection tournent autour de la parité homme femme, du handicap, de la diversité, de la responsabilité sociale des entreprises et je viens de me plonger à corps perdu dans celui du bien-être et la qualité de vie au travail. Les mécanismes du burn out, du management toxique n’ont plus de secret pour moi. Ça tombe rudement bien, ça m’intéresse. Et puis, sans crier gare, c’est là où je voulais en venir, je suis tombé dans ce que j’appelle l’économie des crevards.

Qu’est-ce que l’économie des crevards

Ce n’est pas très nouveau, cela s’appuie sur la bonne vieille recette de l’exploitation de l’homme par l’homme. Mais de façon très pernicieuse, car totalement consentante. Ça commence doucement, par le bon côté de la chose. Votre esprit d’engagement, votre passion pour les causes sociétales, votre vision utopique des grandes mutations, un optimisme sans faille, et enfin, pour couronner le tout une plume prolixe et le sens de la communication. Donc, rien de plus logique que de se tourner vers tous ces nouveaux acteurs de la pensée, Cercle de… Fabrique à… Observatoire des… et Think Tank de la… Des noms évocateurs d’engagement, de combats justes et d’intelligence collective au service de la bonne cause. Nous ne sommes pas loin de « à plusieurs on est plus fort » et « unissons nos talents »… 

Alors, on s’approche, ça fleure bon la belle aventure, l’espoir renait : gagner sa vie en étant utile et en accord avec ses idées. Les premiers contacts sont bons, l’enthousiasme est communicatif, l’avenir s’annonce radieux. Puis, après quelques échanges de mails au tutoiement de rigueur, arrive la question qui vous brule le clavier (à défaut des lèvres…eh oui, dans l’économie des crevards on utilise peu le téléphone, mais surtout Skype et les mails… on est moderne et peu joignable) « tu paies combien pour tout ça, la mise à jour du site, les 4 articles mensuels et la veille quotidienne d’informations? ». S’en suit un silence de mails et de skype de plusieurs heures voire de jours. Enfin la réponse tombe, vous imaginez qu’il a fallu un peu de temps à votre interlocuteur pour vous débloquer le budget, car vous êtes dans la vieille économie : toute peine mérite salaire. Et là, vous ouvrez le mail, on y parle de passion, de juste cause, d’engagement, de plaisir, de réseau, de fierté, d’aventure sociale… mais pas d’argent! Peur de ne pas avoir été assez clair, vous réitérez votre question sur le tarif. La seconde réponse lunaire arrive, on y parle de bénévolat, de contributeur désintéressé, de membre amical, d’ambassadeur, d’esprit associatif, de solidarité, de « pour le moment, on se consacre aux enjeux, l’argent viendra après », le plaisir d’échanger… et là je ne réponds plus.

Putain! Comment je bouffe? Tu crois que ma quittance d’électricité, elle est bénévole? Tu crois que le plein de ma bagnole, c’est de l’entreprenariat solidaire? Dis moi, Cercle de… Fabrique à… Observatoire des… et Think Tank de la… tu les vends tes études! Rappelle-moi, toute cette matière gratuite, tu en fais tes sujets de conférences et de tes tables rondes payantes. 

Voilà en résumé ce que c’est que l’économie des crevards. Des gens talentueux, passionnés (je ne parle pas spécialement de moi…) diplômés, à la tête bien faite, qui bossent gratuitement en y mettant tout leur coeur et leurs convictions pour des organisations aux financements obscurs qui exploitent leur intelligence et leur enthousiasme en leur faisant miroiter une reconnaissance hypothétique. Sans doute ai-je manqué une étape, une mutation m’a échappé ou mon estomac est devenu trop exigeant ne pouvant se satisfaire uniquement d’amour et d’eau fraiche. 

L’auto-publication, le rêve utopique

Sans bien connaître toutes les arcanes de l’auto-publication, et faute d’avoir trouvé un éditeur prêt à se pencher sur le berceau de mon manuscrit, je m’étais dirigé vers l’incontournable Amazon pour publier mon premier roman. Cette plateforme en ligne me semblait être la plus fréquentée, à défaut d’être la meilleure. 


Après quelques semaines d’observation, je n’ai pu que constater le peu de visites et de téléchargements. J’ai donc mené ma « petite enquête » pour mieux comprendre les freins éventuels qui pouvaient empêcher une plus large diffusion.

D’un naturel optimiste, j’ai naturellement écarté la possibilité que mon livre n’intéresse personne, je ne suis pas un adepte de l’autoflagellation. Les échos positifs des quelques personnes qui avaient lu le manuscrit en avant-première, m’ont donné le courage de persévérer.

J’ai donc choisi aujourd’hui d’ouvrir la publication du livre sur la plateforme de Librinova.

Certes, il y a un coût d’entrée non négligeable au regard de mes maigres finances, mais la prestation est de bonne qualité. Librinova bénéficie d’une bonne réputation, et surtout, elle offre pour ceux qui achètent le livre de pouvoir choisir le format de téléchargement. En effet, même si je suis un adepte de la liseuse Kindle, que je trouve agréable pour lire, le format adopté est assez fermé et ne fait pas l’unanimité, en tout cas pas dans mon réseau immédiat.

J’ai aussi pu remarquer que la maîtrise de la mise en page sur le support Kindle se montrait complexe et aléatoire… sans parler du téléchargement des pages gratuites de bien mauvaise qualité. Autant de raisons qui pouvaient paraître un frein éventuel à la lecture.

Le choix de Librinova sur le conseil d’un éditeur m’a donc semblé plus judicieux, j’ai pu ainsi ajouter un prologue et un sommaire, ce qui n’avait pas été possible dans la version antérieure.

Enfin, et là je peux rêver, Librinova peut accompagner un auteur vers la publication papier, l’eldorado de tout écrivain. Pour ce faire, la route est naturellement longue, il faut totaliser mille téléchargements, pour cela je compte sur le bouche à oreille. Je vous le répète je suis d’un naturel optimiste.

Bonne lecture à tous


 http://www.librinova.com/shop/nicolas-schlaffmann/une-encombrante-maitresse

Prendre son temps

Depuis un an, je suis sur mon nouveau manuscrit, ma fidèle relectrice vous le confirmera. Une quête identitaire, un jeu de miroirs entre père et fils. A quarante ans d’intervalle.

Ne cherchez rien d’autobiographique, c’est ça la magie de l’écriture, se cacher derrière des mots et des histoires inventées de toute pièce, dans un jeu de cache cache permanent.

Le vrai se fond dans les détails, le faux partout ailleurs. Un peu comme mon premier roman qui a dû en déconcerter plus d’un. Surtout ceux qui me connaissent. Cherchant sans doute derrière cette histoire, où j’avais pu me nicher. Heureusement, je n’étais  nulle part!

En finir avec le moi

C’est sans doute ça qui m’a permis de le terminer, contrairement aux deux premiers manuscrits probablement trop personnels. C’est la grande erreur de vouloir parler de soi. Mieux vaut s’exprimer à travers des fictions dans lesquelles, on se glisse subrepticement. C’est aussi ça la magie de l’écriture. Jongler avec un univers de contraintes, répondre à un cahier des charges et semer par moment des petits indices personnels.

Pour en revenir à ce nouveau manuscrit, aujourd’hui il ne me reste plus que deux ou trois chapitres à écrire pour le clore. Et comme si cela ne suffisait pas, me voilà pris d’une frénésie insoupçonnable, je rajoute des chapitres pour compléter des parties déjà rédigées… Tenir un manuscrit sur plus d’un an, c’est une curieuse aventure, on y retrouve ses humeurs et le temps qu’il faisait, on se souvient de l’endroit où l’on était pour écrire telle ou telle scène, et puis c’est une formidable aventure qu’on n’a pas forcément envie de quitter. On s’attache aux personnages, on leur donne vie et corps. Certains deviennent plus importants parce qu’ils sont tout à coup, malgré vous, devenus sympathiques et familiers, tandis que d’autres à qui on avait réservé un rôle de choix, n’arrivent pas à décoller et se retrouvent privés d’action. Il est arrivé ainsi à un personnage central à qui j’imaginais faire porter une grande partie du récit, de disparaitre, j’avais beau essayé de le faire venir, je n’ai pas réussi à m’attacher à lui, il est devenu sans que je m’en rende compte, un personnage de second plan, alors que je le promettais à une grande destinée.

Ainsi sans perdre le fil de la trame narrative que je me suis fixé, un semblant de rigueur oblige, je suis venu à la rencontre de mes personnages, leur donnant à chacun une mission. Ils portent le récit, contribuent à l’intrigue, partent et reviennent. C’est pourquoi, dans ce nouveau roman, les différents acteurs prennent plus d’importance que l’histoire. Ce désir m’est venu en lisant le remarquable livre de Céleste Ng – Tout ce qu’on ne s’est jamais dit  que je vous conseille de lire.

Rendre les personnages crédibles pour qu’ils paraissent plus humains, qu’on puisse s’identifier à eux. Au fond, le but est de les rendre plus intéressants que l’histoire elle-même. C’est à mon avis l’exploit que Céleste Ng a accompli et auquel j’espère également parvenir, même si je suis loin d’avoir le talent de cette auteure.

Mes premiers pas dans l’écriture

Je ne me suis posé aucune question en écrivant Une maitresse encombrante. Echaudé par mes deux précédentes tentatives, plus ou moins autobiographiques, je souhaitais écrire juste un petit thriller psychologique, en me détachant le plus possible de mon quotidien et de mon univers.

Comme toute aventure, cela généra une série de rencontres plutôt sympathiques. La preuve, les deux principaux contributeurs qui m’ont le plus aidé sont devenus de vrais amis.

De belles rencontres

Il y a d’abord Claudia, que j’ai rencontrée sur les réseaux sociaux et qui s’est montrée d’une aide précieuse dans la création du personnage principal. Elle m’a fourni les éléments essentiels, cette ambiguïté sulfureuse qui manquait. Ses souvenirs d’enfance m’ont permis de donner du corps à la personnalité troublée de Dominique. Au fil de nos échanges, nous nous sommes découverts des passions musicales communes qui bientôt prirent le pas sur les descriptions vestimentaires et les émotions de mon personnage principal. Claudia m’avait apporté des anecdotes précieuses, et je la remercie pour son aide qui m’a permis de donner un peu de crédibilité à mon héroïne.

La seconde personne tout aussi importante, voir même plus, c’est Théonie, une amie qui s’est avérée une remarquable relectrice. Elle a fait un travail énorme et continue d’ailleurs à m’accompagner sur mon prochain roman. Son rôle va bien au-delà d’une simple relecture. Je me sens très redevable de tout le travail qu’elle fournit. Et je suis très heureux de la confiance qui a pu s’établir entre nous au fil de nos échanges. J’apprécie son regard parfois critique, ses remarques toujours pertinentes et son sens rigoureux du détail. Aujourd’hui, elle est devenue indispensable dans mon travail d’écriture.

Il fallait bien un premier roman. Et  Une maitresse encombrante remplit ce rôle parfaitement. Il a les défauts de sa jeunesse. Heureusement, il n’a aucune prétention et c’est ce qui peut le rendre facile à lire. Ni théorie ni message caché. C’est un livre suffisamment ambigu et libre pour ne pas m’en rendre prisonnier.

Les retours que j’en ai eu des personnes qui ont bien voulu le lire et me répondre, sont plutôt encourageants. Leurs remarques m’ont permis de persévérer et de pas douter. Je me suis ainsi souvenu de ma jeunesse quand je sortais plein d’espoirs de l’Ecole des Beaux Arts et que je me suis lancé  à corps perdu dans la peinture,  peignant nuit et jour de grandes toiles, habité d’une énergie que j’aurais bien aimé conserver tout au long de ces années. J’ai retrouvé dans le besoin d’écrire la même urgence et la même inquiétude face aux regards des autres, auxquels il faut forcement se confronter, c’est le but et l’objectif.

Dire que je me sens aussi fébrile qu’à l’époque où j’avais vingt ans serait exagéré, mais les doutes et les questions sont les mêmes. Heureusement, ces trente années passées en agences de communication m’ont servi, je suis mieux armé pour affronter les critiques constructives et suis capable de me remettre en question quand c’est justifié.

 » Ce n’est pas la force, mais la persévérance, qui fait les grandes oeuvres . »

Samuel Johnson

Loin de moi la prétention d’avoir écrit une grande oeuvre, mais la notion de persévérance me semble très juste.

C’est ainsi que sur les conseils de Théonie, j’ai pu revoir en profondeur la première version du manuscrit Une maitresse encombrante. C’est grâce à elle, et avec un certain entrain je me suis replongé dans les aventures dramatiques de Dom et Dominique, coupant, rajoutant, complétant et réorganisant  ce qui pouvait paraitre maladroit ou confus.

Le résultat n’est pas parfait, rien n’est jamais parfait surtout en création.

il fallait bien commencer

Changer radicalement de vie, ne pas tout maîtriser, accepter les échecs et subir les accidents industriels, et puis faire de belles rencontres, c’est un peu tout ça que j’ai vécu depuis trois ans.


Un flash-back s’imposera, rassurez-vous, il ne sera pas trop long. J’ai remarqué que les gens n’aiment pas qu’un ami étale son malheur, ça les rend mal à l’aise, ils ont peur que ça leur file la poisse. Je les comprends, je ferais pareil.Seulement, l’ami qui n’a pas vécu que des choses agréables depuis trois ans, en l’occurence, c’est moi. Remarquez, il y a toujours pire, c’est ce que l’on se dit pour se rassurer. Et au fond, le but n’est pas de se plaindre, mais d’avancer.

En route vers l’aventure

Pour la faire courte, il y a trois ans, j’ai eu un ras le bol de ma vie parisienne, ça couvait depuis un certain temps. Ce mal-être déteignait sur ma famille, ma femme et mon fils. J’étais devenu chiant et bougon. Il fallait agir. Alors, le projet d’une vie meilleure s’est fait jour, là-bas, tout en bas, dans le sud. Sous le soleil de la Provence. Bille en tête, nous avons tout quitté, on a filé sans se retourner dans le Var. Au chaud, pour une nouvelle aventure. Adieu Paris, travail de plus en plus ingrat, clients compliqués et pas reconnaissants, quotidien gris…


Et puis là, c’est la sortie de route, le projet ambitieux qui devait me rendre heureux, me rapprocher de ma femme et de mon fils, en un mot m’équilibrer, a volé en éclat.

Ici je m’arrête, je ne vous en dis pas plus pour le moment, ce serait trop long, ça va vous fatiguer et vous ne reviendrez plus me lire.


Donc, après pas mal de déboires, et tout n’est toujours pas résolu, loin s’en faut, je me suis mis à l’écriture, il y a maintenant un an et demi. Un premier manuscrit inachevé, un second, lui aussi tout aussi inachevé, et puis miracle le troisième fut le bon et il sera finalement bouclé au mois de mai 2015.

Editeurs me voilà!

Ce premier livre devait s’appeler Dominique, il a changé de titre pour devenir, Une maîtresse encombrante. Après une première vague infructueuse de recherche d’éditeurs, une vingtaine d’envois jusqu’en septembre 2015, je décide de me replonger dans le manuscrit sur les conseils d’une amie qui a bien voulu m’accompagner dans la relecture du livre. Finalement, ce travail de réécriture a duré jusqu’en février 2016 où je tente une nouvelle vague d’éditeurs, que j’estime mieux “ciblés”, une dizaine pour être précis. Là, j’attends, inquiet, parfois désespéré, perclus de doutes. Les premières réponses négatives arrivent en ce moment. D’un naturel optimiste, je m’accroche au silence des autres que je vois comme une bonne augure… Et puis, je me lance dans l’auto-publication, parce qu’il faut bien avancer.


Aujourd’hui, c’est un peu tout ça que je veux partager avec vous. Cette expérience, avec mes erreurs, mes succès, mes doutes. A plusieurs, on est plus fort et il faut l’être pour avancer dans le monde dans lequel nous vivons. Bonne journée amies lectrices et amis lecteurs.