Vous faites quoi pour les vacances?

Les Vacances de Monsieur Hulot © Les Films de Mon Oncle.


La question traditionnelle, celle que tout le monde se pose avec plus ou moins de soulagement ou d’appréhension. Je ne m’attarderai pas sur les organisés, ceux qui comptent les jours et ont déjà tout préparé. Ceux qui ont fait la Grèce, la Thaïlande, le Mexique, Maurice et vont prochainement faire l’Islande. Ceux là n’ont besoin de personne, ils font les pays ou les régions comme ils feraient le ménage et le repassage, ils ont bouclé leurs dossiers ainsi que leurs valises.
Non, je pense plutôt aux anxieux, ceux qui espèrent tout terminer avant de partir, ceux qui n’ont pas encore posé leurs congés de peur de… Peur de quoi?  Qu’il arrive quelque chose pendant leur absence ? Vous voyez de quel syndrome je parle.

Revenons au début, vous allez donc partir en vacances et c’est bien. Parce qu’on a tous besoin de se reposer après une année chargée. Vous pensez à tous ces projets dont vous aviez prévu de vous occuper durant l’été quand ce serait plus calme, mettre les contenus du site à jour, revoir vos outils marketing, préparer le mailing de rentrée, faire évoluer votre identité graphique et les milles petites choses qui trainent depuis quelques mois. Comme chaque année, il a fallu en priorité boucler les dossiers clients avant août. Parce que août, c’est mort. Que les angoissés s’arrêtent là, la suite peut leur faire peur.

Donc pour certains, ça commence le 22 juillet et pour les autres le 29 juillet, et après silence jusqu’au lundi 21 août. Presque un mois sans activité ! Inutile de s’énerver, vous n’y pouvez rien, vos équipes ne sont pas là, rassurez-vous les clients non plus. Paris est désert, votre boulangerie préférée est fermée (avez-vous remarqué que les boulangeries ferment toutes en même temps ?). Pour boire votre café du matin va falloir marcher un peu plus loin, et pour les journaux, la maison de la presse réouvre le 2 septembre. Alors, reposez-vous, profitez-en. Je suis là!

Je vous avais déjà vanté l’intérêt de faire appel aux services d’un créatif provençal. Un des avantages non négligeable, le créatif provençal ne prend jamais de vacances. Forcément il est toute l’année en vacances (c’est ce que vous pensez, je le sais). Quand on est dans une région magnifique où il fait beau 10 mois par an, on n’a pas besoin de partir, il suffit de sortir dans le jardin, d’ouvrir le parasol et d’écouter les cigales en regardant les oliviers pousser sur la restanque et vérifier si la couleuvre est revenue. Après ce court intermède, le créatif provençal retourne dans son bureau et peaufine, tel un artisan méticuleux, les dossiers que vous lui aurez confiés.

A l’ombre des chênes provençaux, je prendrai soin de vos projets, leur fournirai l’attention nécessaire, les nourrirai d’idées créatives, cultiverai les petits détails qui changent tout. Et puis, à votre retour ils vous attendront sagement sur le serveur que nous aurons pris soin de partager. Ainsi le 21 août, à peine rentré de vacances, encore un pied dans l’eau, la peau hâlée, vous aurez la satisfaction de constater que vos projets ont avancé  comme vous le désiriez et que vous ne serez pas obligé d’attendre une semaine supplémentaire pour être opérationnel ou préparer vos actions de communications de la rentrée.

Ah, j’oubliais, si vous êtes dans le coin, passez prendre l’apéritif.

Les start-up c’est presque sympa

Je vous avais dit que je vous parlerais de mon expérience de collaboration avec une start-up

Par un hasard heureux, je suis entré en contact avec l’une d’elle qui me proposait de travailler sur une idées qu’elle venait de lancer. Le projet me plaisait, il s’agissait d’un baromètre politique avec une approche ludique. Je devais l’alimenter quotidiennement en informations et les balancer aux internautes qui les notaient de manière décalée.

Nous étions donc convenu avec mon interlocuteur que cela me prendrait une heure par jour : trouver l’info, la sélectionner, l’illustrer et la mettre en ligne. On était plus près des une heure trente, mais bon, le projet me plaisait. Après une négociation âpre par mails et skype, nous sommes enfin tombés d’accord. Je vous l’ai déjà signalé, cette nouvelle génération préfère pianoter sur son smartphone plutôt que se servir de sa fonction première : passer des appels. On se met d’accord sur la base de sept jours sur sept au tarif horaire de mon fils de quinze ans quand il fait du babysitting, encore que lui, il n’a pas de charges… contrairement à moi dont la moitié part en cotisations. Je le répète, le projet me plaisait.

L’aventure devait déboucher sur la création d’une application mobile, cela avait fini de me persuader de l’intérêt de l’aventure avec cette start-up. Un vieux exploité par des jeunes, le client avait l’âge de ma fille ainée, la situation ne manquait pas de piquant. Ah oui, j’avais oublié, les « contrats » étaient sur des périodes de une ou deux semaines renouvelables, à la manière anglo-saxonne, rien n’est jamais gagné, faudrait pas que je me crois arrivé. Je ne vais pas me plaindre, j’en suis maintenant à trois mois de collaboration complète.

Au bout d’un mois et demi, je décide d’aborder le sujet qui fâche et je demande si je peux envoyer ma première facture, un total modeste qui ne me permettrait même pas d’acheter un iPhone SE avec engagement de deux ans… Accord de mon interlocuteur par un bref ok laconique. Ne voyant pas de versement au bout d’un mois, je pensais que les start-up c’était rapide… à l’inverse des grands groupes qui payent à 60 jours fin de mois dans le meilleur des cas. Je prends donc contact par Skype avec mon client et lui demande s’il peut activer le règlement de la facture. Le type faussement désolé m’explique que la start-up appartient maintenant à un grand groupe de presse international et que les paiements sont assez longs.

Aujourd’hui, l’application est lancée, je l’alimente chaque jour en photos et en textes. Sur le plan du travail, je m’amuse bien, j’adore lire la presse, la politique m’intéresse, le travail de veille et de sélection est maintenant bien rodé. Chaque matin, samedi et dimanche compris, je mets l’application à jour en postant de nouveaux contenus pour que les gens votent.

Non seulement, je suis payé au lance-pierres, mais en plus je contribue à la trésorerie d’une multinationale! Une fois de plus, j’ai l’impression de « payer » pour faire un travail qui m’intéresse, c’est aussi ça l’économie des crevards.

Il parait que c’est un peu tabou de parler fric à chaque fois. Cette vie reculée, que j’ai choisie au fin fond de la campagne provençale, me transforme petit à petit en vieux paysan qui compte ses maigres sous… Promis la prochaine fois je vous parle d’autre chose.

La notoriété à tout prix, pas à n’importe quel prix

Etre présent sur les réseaux sociaux, j’ai bien été obligé. Je ne peux pas conseiller mes clients, eh oui, j’en ai quelques-uns, heureusement, sinon je ne serais pas là à vous écrire et j’aurais déjà vendu mon ordinateur.

Donc, disais-je, je ne pourrais pas conseiller mes clients sur les bienfaits de leur présence et leur communication sur les réseaux sociaux, si je n’y étais pas moi-même. Alors, pour ne pas faire les choses à moitié, j’ai ouvert deux comptes sur Facebook, deux comptes Twitter, un compte Instagram, un compte Linkedin et un Tumblr, et aussi un compte Google+ mais lui, honnêtement, je ne sais pas à quoi il sert vraiment.

Les autres, j’ai compris : Facebook, c’est bien pour les anniversaires parce que plein d’amis ne vous oublient pas et vous le souhaitent. Ça adoucit le fait que mes enfants, eux, oublient parfois. Twitter, j’aime bien, je suis « copain » avec Nadine Morano, Christian Estrosi, Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls, François Fillon et bien d’autres comme Christine Boutin. Elle, j’aime bien ses tweets, ils me rappellent Le Jour du Seigneur quand j’étais enfant. Jean-Luc, il voudrait bien que je vende son programme sur le marché de Carnoules, mais j’ai pas osé lui dire que le marché de mon village, c’était pas terrible. Il n’y a que deux étals, les commerçants sont plus nombreux que les clients, eux, ils sont tous fourrés à l’Intermarché à 5 km. Alors, je veux bien tracter pour lui, mais ça ne va pas être terrible. J’ai essayé d’être copain avec Marine, mais elle se méfie, probablement a-t-elle remarqué que je suis dans le Var, alors forcément, je dois être un espion à la solde de sa nièce Marion. Il y a bien François Fillon qui m’a conseillé d’acheter son dernier livre pour faire des cadeaux à Noël, super idée. Vous l’avez compris, si je suis copain avec tous ces gens formidables, c’est pour mon travail, celui pour une start-up dont je vous parlerai dans un futur billet.

Linkedin, c’est pas mal, mais c’est hyper-sérieux…le premier qui rigole sort de la pièce. On dirait que chacun se sent obligé de liker uniquement des choses chiantes et en anglais si possible. Là aussi, c’est pour mon travail, je fais de la veille pour mes clients.

Reste Instagram, c’est là où je voulais en venir. C’est mon plus vieux compte, 6 ans que j’y suis. Je suis monté jusqu’à 2200 followers… aujourd’hui j’en ai 1650, oui je sais, je perds des followers alors que le but est d’en gagner… j’ai dû rater une étape.

La chasse aux followers est ouverte

Un soir, un jeune parisien trentenaire connecté , un membre de la famille que nous adorons, est venu nous rendre visite pour quelques semaines sur la colline. Il me dit qu’il va se créer un nouveau compte Instagram. Je l’encourage, d’autant que le garçon est doué en photo et qu’il s’apprête à partir à travers l’Europe dans son van aménagé. L’idée est bonne, et c’est la promesse de belles galeries photos que nous allons pouvoir suivre durant tout son périple. Il a juste un problème, il veut des tas de followers, tout de suite, et plein de likes. Je ne suis pas bien placé pour lui donner des conseils, je peux éventuellement lui passer des tuyaux pour en perdre mais certainement pas pour en gagner. Le garçon hyper connecté, féru de tout ça, me dit qu’il va s’abonner à un service qui va liker pour lui et que ça va « booster » ses followers. Intrigué, je lui demande quelques explications sur le sujet. Facile, c’est un programme qui like plein plein de photos, au hasard, et forcément ça va générer des followers trop contents d’avoir un nouvel adepte de leurs photos de bouffe ou de pieds. Les malheureux ne se doutent pas qu’ils ont été dupés. Mais c’est quoi l’intérêt? S’il y a bien un truc sympa sur Instagram, c’est de regarder de chouettes photos, de choisir les galeries et les sujets qu’on apprécie. Pourquoi laisserais-je un programme liker pour moi?
Je sais, je n’ai rien compris… le but, c’est d’avoir « un max de followers ». Moi, je suis mal barré, j’ai tout faux, je dépasse à peine les quarante likes par photo… et les followers j’en perds toutes les semaines.

Et puis, un soir, je tombe sur un épisode de cette excellente série anglaise Black Mirror, l’épisode 1 de la saison 3 (Netflix). Le pitch est simple : un monde régit par les likes. Chaque individu gagne en influence et en reconnaissance grâce à sa capacité à récolter des likes tout au long de ses rencontres et de ses interactions avec les autres, tout cela lui apporte la réussite et lui fait gravir différents niveaux d’intégration dans la société… et là, tout s’éclaire. Mon trentenaire instagrameur suit une logique similaire. Il est inscrit depuis deux heures sur Instagram et cherche déjà à gagner la reconnaissance du plus grand nombre, parce que c’est trop bien d’être suivi par des tas de fans de vos photos qui likent chacune de vos images. C’est bon pour la notoriété ! Et puis là, je fais le lien avec un article que je lis sur la victoire de Trump, sur les millions de clicks à chaque connerie ou mensonge qu’il débite chaque jour… et puis, tout à coup, j’entends parler de « fermes à click », on y produit du click sous payé que l’on revend à des organisations politiques, des grandes marques, ou des causes pas toujours bonnes… et là, je me dis que finalement ça n’est pas si mal que je perde autant de followers chaque semaine sur mon compte Instagram.

 

Entre passion et besoin de partager, l’économie des crevards a trouvé sa source

Je continue mon petit tour de l’économie des crevards dont une des origines est issue de l’économie digitale. Elle fait appel aux mêmes ressorts : passion, enthousiasme, envie de partager…. 

Tout commence simplement. Ce jour-là, j’achète de la musique sur iTunes, oui, j’achète plutôt que télécharger gratuitement et mon abonnement à un service de streaming est payant également; parce qu’on ne peut pas s’insurger contre l’économie des crevards et faire la même chose avec des artistes qui ont eu aussi besoin de bouffer. Donc, je reviens à mon achat. L’album est une excellente surprise et suscite chez moi un enthousiasme certain que je désire partager immédiatement, me voilà donc à évaluer mon niveau de satisfaction par un système d’étoiles et le clamer à la face du monde, qui au fond doit s’en foutre totalement… Mais pas autant que ça, un disque qui cumule les cinq étoiles aura plus de chance d’attirer mon intérêt que ceux qui n’en totalisent qu’une ou deux. Alors, je mets mes cinq étoiles et là, iTunes me propose de déposer un avis.

Mon enthousiasme n’a pas faibli et je décide de perdre quelques précieuses minutes à rédiger un avis que j’espère pertinent, intéressant et communicatif. Je me sens pousser des ailes de critique de disque, forcément positif. Et là, doucement, j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Je vérifie que mon avis a bien été enregistré, qu’il figure en bonne place et qu’il est jugé pertinent par les utilisateurs d’iTunes. Eh oui, l’apprenti juge que je suis est lui même jugé… La compétition est partout. Je suis devenu un gentil contributeur bénévole sur iTunes et par la même occasion, je me retrouve à travailler (un petit peu) gracieusement pour de grandes maisons de disques. Vous voyez où je veux en venir?

On appelle ça l’expérience consommateur 

Retour à mes expériences, j’achète sur Amazon (c’est à l’époque bénie où je ne faisais pas encore partie de l’économie des crevards), une enceinte mobile pour écouter ma musique achetée légalement. Le produit arrive et correspond parfaitement à mes attentes. Vingt-quatre heures plus tard, Amazon m’envoie un mail pour me demander si je suis satisfait. Bien sûr que je le suis! Je note donc le produit, les sacro-saintes petites étoiles… Et puis là aussi, on me demande si je ne voudrais pas laisser un avis. Bon prince, je m’exécute. Je rédige un avis, que je veux pertinent et utile. Quelque temps plus tard, je reçois un mail d’Amazon qui me demande si je veux répondre à la question de ce client potentiel qui hésite sur le choix de cette enceinte… Je me plie donc à cet exercice et réponds du mieux possible à la question. Une semaine plus tard, nouveau mail, nouvelle question d’un nouvel acheteur potentiel… Je fournis l’explication attendue. Et ce petit jeu continue ainsi pendant trois autres mails… Jusqu’à ce que j’en reçoive un, cette fois-ci, de la marque de l’enceinte qui me demande si j’aurais l’obligeance de déposer directement un avis sur son propre site.

Je ne sais combien de temps j’ai consacré à promouvoir ce produit, mais ce que je sais, c’est que tout cela ressemble fortement à du travail et que ça n’est pas rémunéré. Une fois de plus, on a fait appel à mon enthousiasme et mon désir de partager. Peut-être devrais-je m’inscrire dans une « ferme à click », au moins, je serais payé… très mal, j’en conviens. Tiens, parlons-en des like, ce sera mon prochain sujet.

Le jour où j’ai croisé l’économie des crevards

Je vous avais quitté, il y a quelques temps, sur ma dure condition d’écrivain en devenir. Je vous retrouve dans ma nouvelle condition du « retour du pro de la com », pas tellement facile non plus.

Soyons clairs, l’écrivain en devenir n’a pas reçu beaucoup d’échos… Le bon sens, ou la catastrophe annoncée m’ont obligé à revoir ma copie et ma reconversion. La leçon à retenir : on ne devient pas écrivain comme ça, du jour au lendemain. Personne ne vous attend et encore moins les éditeurs. Aucune rancoeur, juste un constat. 

Alors je me suis remis au travail, le seul que je sais à peu près faire, proposer mes services de professionnel de la communication. Je me suis rappelé au bon souvenir de quelques clients potentiels, ai fait mon site (merci à Franco pour son aide précieuse) et réactivé mon réseau. Que du classique me direz-vous. 

Ce qui est nouveau et ce que j’avais envie de partager avec vous, c’est le changement, imperceptible au premier coup d’oeil, du petit monde des freelances de la communication. J’avais lâché un monde de clients exigeants qui en voulaient toujours plus pour beaucoup moins. « C’est la crise, les temps sont durs, alors tu comprends… » refrain connu, mais bon, avec un peu de bonne volonté, un peu de souplesse commerciale, on s’en sortait. Je m’en sortais. La crise était passée par là, mais elle n’expliquait pas tout. On restait sur un principe classique, un client, un fournisseur et chacun défend ses intérêts dans l’intérêt commun. 

Mon penchant pour les sujets engagés et sociaux m’a fait aller vers les problématiques sociales et sociétales dans l’univers merveilleux des relations humaines professionnelles. L’engagement ça me connait, mes thèmes de prédilection tournent autour de la parité homme femme, du handicap, de la diversité, de la responsabilité sociale des entreprises et je viens de me plonger à corps perdu dans celui du bien-être et la qualité de vie au travail. Les mécanismes du burn out, du management toxique n’ont plus de secret pour moi. Ça tombe rudement bien, ça m’intéresse. Et puis, sans crier gare, c’est là où je voulais en venir, je suis tombé dans ce que j’appelle l’économie des crevards.

Qu’est-ce que l’économie des crevards

Ce n’est pas très nouveau, cela s’appuie sur la bonne vieille recette de l’exploitation de l’homme par l’homme. Mais de façon très pernicieuse, car totalement consentante. Ça commence doucement, par le bon côté de la chose. Votre esprit d’engagement, votre passion pour les causes sociétales, votre vision utopique des grandes mutations, un optimisme sans faille, et enfin, pour couronner le tout une plume prolixe et le sens de la communication. Donc, rien de plus logique que de se tourner vers tous ces nouveaux acteurs de la pensée, Cercle de… Fabrique à… Observatoire des… et Think Tank de la… Des noms évocateurs d’engagement, de combats justes et d’intelligence collective au service de la bonne cause. Nous ne sommes pas loin de « à plusieurs on est plus fort » et « unissons nos talents »… 

Alors, on s’approche, ça fleure bon la belle aventure, l’espoir renait : gagner sa vie en étant utile et en accord avec ses idées. Les premiers contacts sont bons, l’enthousiasme est communicatif, l’avenir s’annonce radieux. Puis, après quelques échanges de mails au tutoiement de rigueur, arrive la question qui vous brule le clavier (à défaut des lèvres…eh oui, dans l’économie des crevards on utilise peu le téléphone, mais surtout Skype et les mails… on est moderne et peu joignable) « tu paies combien pour tout ça, la mise à jour du site, les 4 articles mensuels et la veille quotidienne d’informations? ». S’en suit un silence de mails et de skype de plusieurs heures voire de jours. Enfin la réponse tombe, vous imaginez qu’il a fallu un peu de temps à votre interlocuteur pour vous débloquer le budget, car vous êtes dans la vieille économie : toute peine mérite salaire. Et là, vous ouvrez le mail, on y parle de passion, de juste cause, d’engagement, de plaisir, de réseau, de fierté, d’aventure sociale… mais pas d’argent! Peur de ne pas avoir été assez clair, vous réitérez votre question sur le tarif. La seconde réponse lunaire arrive, on y parle de bénévolat, de contributeur désintéressé, de membre amical, d’ambassadeur, d’esprit associatif, de solidarité, de « pour le moment, on se consacre aux enjeux, l’argent viendra après », le plaisir d’échanger… et là je ne réponds plus.

Putain! Comment je bouffe? Tu crois que ma quittance d’électricité, elle est bénévole? Tu crois que le plein de ma bagnole, c’est de l’entreprenariat solidaire? Dis moi, Cercle de… Fabrique à… Observatoire des… et Think Tank de la… tu les vends tes études! Rappelle-moi, toute cette matière gratuite, tu en fais tes sujets de conférences et de tes tables rondes payantes. 

Voilà en résumé ce que c’est que l’économie des crevards. Des gens talentueux, passionnés (je ne parle pas spécialement de moi…) diplômés, à la tête bien faite, qui bossent gratuitement en y mettant tout leur coeur et leurs convictions pour des organisations aux financements obscurs qui exploitent leur intelligence et leur enthousiasme en leur faisant miroiter une reconnaissance hypothétique. Sans doute ai-je manqué une étape, une mutation m’a échappé ou mon estomac est devenu trop exigeant ne pouvant se satisfaire uniquement d’amour et d’eau fraiche.