La notoriété à tout prix, pas à n’importe quel prix

Etre présent sur les réseaux sociaux, j’ai bien été obligé. Je ne peux pas conseiller mes clients, eh oui, j’en ai quelques-uns, heureusement, sinon je ne serais pas là à vous écrire et j’aurais déjà vendu mon ordinateur.

Donc, disais-je, je ne pourrais pas conseiller mes clients sur les bienfaits de leur présence et leur communication sur les réseaux sociaux, si je n’y étais pas moi-même. Alors, pour ne pas faire les choses à moitié, j’ai ouvert deux comptes sur Facebook, deux comptes Twitter, un compte Instagram, un compte Linkedin et un Tumblr, et aussi un compte Google+ mais lui, honnêtement, je ne sais pas à quoi il sert vraiment.

Les autres, j’ai compris : Facebook, c’est bien pour les anniversaires parce que plein d’amis ne vous oublient pas et vous le souhaitent. Ça adoucit le fait que mes enfants, eux, oublient parfois. Twitter, j’aime bien, je suis « copain » avec Nadine Morano, Christian Estrosi, Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls, François Fillon et bien d’autres comme Christine Boutin. Elle, j’aime bien ses tweets, ils me rappellent Le Jour du Seigneur quand j’étais enfant. Jean-Luc, il voudrait bien que je vende son programme sur le marché de Carnoules, mais j’ai pas osé lui dire que le marché de mon village, c’était pas terrible. Il n’y a que deux étals, les commerçants sont plus nombreux que les clients, eux, ils sont tous fourrés à l’Intermarché à 5 km. Alors, je veux bien tracter pour lui, mais ça ne va pas être terrible. J’ai essayé d’être copain avec Marine, mais elle se méfie, probablement a-t-elle remarqué que je suis dans le Var, alors forcément, je dois être un espion à la solde de sa nièce Marion. Il y a bien François Fillon qui m’a conseillé d’acheter son dernier livre pour faire des cadeaux à Noël, super idée. Vous l’avez compris, si je suis copain avec tous ces gens formidables, c’est pour mon travail, celui pour une start-up dont je vous parlerai dans un futur billet.

Linkedin, c’est pas mal, mais c’est hyper-sérieux…le premier qui rigole sort de la pièce. On dirait que chacun se sent obligé de liker uniquement des choses chiantes et en anglais si possible. Là aussi, c’est pour mon travail, je fais de la veille pour mes clients.

Reste Instagram, c’est là où je voulais en venir. C’est mon plus vieux compte, 6 ans que j’y suis. Je suis monté jusqu’à 2200 followers… aujourd’hui j’en ai 1650, oui je sais, je perds des followers alors que le but est d’en gagner… j’ai dû rater une étape.

La chasse aux followers est ouverte

Un soir, un jeune parisien trentenaire connecté , un membre de la famille que nous adorons, est venu nous rendre visite pour quelques semaines sur la colline. Il me dit qu’il va se créer un nouveau compte Instagram. Je l’encourage, d’autant que le garçon est doué en photo et qu’il s’apprête à partir à travers l’Europe dans son van aménagé. L’idée est bonne, et c’est la promesse de belles galeries photos que nous allons pouvoir suivre durant tout son périple. Il a juste un problème, il veut des tas de followers, tout de suite, et plein de likes. Je ne suis pas bien placé pour lui donner des conseils, je peux éventuellement lui passer des tuyaux pour en perdre mais certainement pas pour en gagner. Le garçon hyper connecté, féru de tout ça, me dit qu’il va s’abonner à un service qui va liker pour lui et que ça va « booster » ses followers. Intrigué, je lui demande quelques explications sur le sujet. Facile, c’est un programme qui like plein plein de photos, au hasard, et forcément ça va générer des followers trop contents d’avoir un nouvel adepte de leurs photos de bouffe ou de pieds. Les malheureux ne se doutent pas qu’ils ont été dupés. Mais c’est quoi l’intérêt? S’il y a bien un truc sympa sur Instagram, c’est de regarder de chouettes photos, de choisir les galeries et les sujets qu’on apprécie. Pourquoi laisserais-je un programme liker pour moi?
Je sais, je n’ai rien compris… le but, c’est d’avoir « un max de followers ». Moi, je suis mal barré, j’ai tout faux, je dépasse à peine les quarante likes par photo… et les followers j’en perds toutes les semaines.

Et puis, un soir, je tombe sur un épisode de cette excellente série anglaise Black Mirror, l’épisode 1 de la saison 3 (Netflix). Le pitch est simple : un monde régit par les likes. Chaque individu gagne en influence et en reconnaissance grâce à sa capacité à récolter des likes tout au long de ses rencontres et de ses interactions avec les autres, tout cela lui apporte la réussite et lui fait gravir différents niveaux d’intégration dans la société… et là, tout s’éclaire. Mon trentenaire instagrameur suit une logique similaire. Il est inscrit depuis deux heures sur Instagram et cherche déjà à gagner la reconnaissance du plus grand nombre, parce que c’est trop bien d’être suivi par des tas de fans de vos photos qui likent chacune de vos images. C’est bon pour la notoriété ! Et puis là, je fais le lien avec un article que je lis sur la victoire de Trump, sur les millions de clicks à chaque connerie ou mensonge qu’il débite chaque jour… et puis, tout à coup, j’entends parler de « fermes à click », on y produit du click sous payé que l’on revend à des organisations politiques, des grandes marques, ou des causes pas toujours bonnes… et là, je me dis que finalement ça n’est pas si mal que je perde autant de followers chaque semaine sur mon compte Instagram.

 

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