Les Jours ont leurs obsessions

Il ne s’agit ni d’un disque, ni d’un film, ni même d’un livre, il s’agit d’un journal digital, Les Jours.

Né il y a quelques mois autour d’une équipe de journalistes, principalement des anciens de Libé. Il vit le jour (facile…) en février 2016 (pour les lecteurs ce fut quelques mois plus tard). Jusque là rien de bien extraordinaire me direz-vous, des journaux sur le web, il en sort tous les jours et il en meurt tout autant, voir plus. Fort de cet à priori, j’avoue ne pas avoir suivi ses premiers pas, et il fallut une offre d’essai pour que je me décide à prêter attention à ce nouveau venu dans la presse.

Rapidement il a piqué ma curiosité. La posture adoptée, si j’ai bien compris et pour faire court, serait : « la vie est un roman » et chaque information, enquête ou portrait est un chapitre de ce roman, enfin, ça c’est moi qui le dit, à ma façon. Aux Jours, ils préfèrent parler d’Obsessions en séries, des sujets que la rédaction a choisi et qu’ils ne lâchent pas. Pendant ce temps, le reste de la presse, avide de scoops et d’événements tragiques est déjà parti survoler d’autres sujets. Les journalistes des Jours, eux continuent à tricoter et à fouiller leur sujet, les personnages, les lieux, les faits, les paroles… ils tissent le roman de la vie, contrairement aux grands médias qui traitent l’actualité sur le principe d’accumulation et passent d’un sujet à l’autre, avec un seul objectif, privilégier le caractère sensationnel et déclaratif .
Les Jours, s’attardent, restent sur « les lieux du crime », interrogent les « témoins », ceux que la fureur médiatique a ignoré et qui pourtant ont mille choses passionnantes à raconter. Et c’est là où ça devient intéressant, Les Jours réinventent le temps de la narration, sans verser dans la fiction, on est toujours dans le registre de l’information avec même parfois une précision d’horloger (lire par exemple Le Grêlé, affaire non classée). On réapprend à lire, on se plonge dans les articles, dans des épisodes d’une saga sans fin, à la manière dont, j’imagine, on devait aborder les articles de Balzac ou Zola dans la presse du XIXe siècle, avec évidemment ici tous les outils du digital. Plongez-vous dans « Les revenants » une série de portraits entre horreur, consternation, pitié et empathie. Peu d’articles sur le retours de Syrie d’apprentis terroristes m’ont autant intéressé, bien plus que ces éternelles analyses de spécialistes de la question ou autres politiques tonitruants.

Chaque article est contextualisé par l’apport de différents médias, vidéo, audio, éclairages, définitions, personnages, documents annexes qui, au fil de la lecture enrichissent l’article. Le côté malin de ces petits outils c’est leur apparition tout au long de la lecture sur le côté droit (sauf dans la version smartphone… je préfère prévenir), l’avantage, ils ne perturbent pas la lecture de l’article.

Pour ceux qui sont sensibles comme moi à la maquette, la mise en page a pris le parti de la sobriété, aérée et plutôt élégante. Le choix de la typographie s’avère judicieux, moderne, d’une lecture facile y compris sur smartphone ou tablette (essayez de lire un article de Médiapart, vous verrez ce que je veux dire…).

Et l’iconographie?

Le parent anonyme, le rôle ingrat dont on parle rarement alors qu’il est omniprésent dans les médias. La photographie est devenue un bien consommable éphémère, mille fois repris privilégiant le voyeurisme et le sensationnel. Dans Les Jours, l’iconographie reprend sa place, elle illustre, évoque, apporte un éclairage particulier, elle souligne un détail. Bref l’iconographie retrouve son rôle. Ce n’est plus ce flot d’images sans commentaires (Merci EuroNews précurseur en la matière) jetées en pâture aux lecteurs avides de photos en boucle reprises et détournées sur les réseaux sociaux.
Dans Les Jours on reprend goût à l’image, l’iconographie soignée, le plaisir de l’illustration.

Vous l’avez compris, j’apprécie ce nouvel acteur de la presse digital.  Avec son rythme différent, sa partition maline et sa petite musique attachante Les Jours méritent qu’on leur prête attention. En ces périodes de bruits et de fureurs, ce n’est pas si mal.

lesjours.fr

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